Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /Nov /2008 21:09
Le Comité Ballaur pour la réforme des collectivités locales vient d'être créé par décret n° 2008-1078 du 22 octobre 2008.
Ce décret dispose notamment:

"Article 1

Il est créé un comité pour la réforme des collectivités locales. Il est chargé, conformément à la lettre du Président de la République annexée au présent décret, d'étudier les mesures propres à simplifier les structures des collectivités locales, à clarifier la répartition de leurs compétences et à permettre une meilleure allocation de leurs moyens financiers, et de formuler toute autre recommandation qu'il jugera utile.
Le comité peut entendre ou consulter toute personne de son choix.
Il remettra son rapport au Président de la République avant le 1er mars 2009.

Article 2
M. Edouard Balladur, ancien Premier ministre, ancien député, est nommé président du comité institué par le présent décret.
Sont nommés membres du comité :
M. Daniel Canepa, préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris ;
M. Jean-Claude Casanova, membre de l'Institut, président de la Fondation nationale des sciences politiques ;
M. Jacques Julliard, historien ;
M. Gérard Longuet, ancien ministre, sénateur ;
Mme Elisabeth Lulin, inspectrice des finances, directrice générale de Paradigmes ;
M. Pierre Mauroy, ancien Premier ministre, sénateur ;
M. Dominique Perben, ancien ministre, député ;
M. Jean-Ludovic Silicani, conseiller d'Etat ;
M. André Vallini, député ;
M. Michel Verpeaux, professeur de droit public à l'université Paris-I (Panthéon-Sorbonne).
Participent aux travaux du comité avec voix consultative :
M. Edward Jossa, directeur général des collectivités locales ;
M. Philippe Josse, directeur du budget ;
Mme Marie-Christine Lepetit, directrice de la législation fiscale.
Est nommé rapporteur général du comité : M. Hugues Hourdin, conseiller d'Etat.

Article 3
Le comité sera complété sur proposition de son président par la nomination d'autres personnalités
."

L'annexe du décret, de Nicolas Sarkozy, précise

" Le temps de mettre à l'étude et de décider une profonde réforme de l'administration locale est venu. Chacun s'accorde à reconnaître que la situation actuelle n'est pas satisfaisante : prolifération des échelons de décision, confusion dans la répartition des compétences, absence de netteté dans la répartition des moyens, qu'il s'agisse de recettes fiscales ou des concours de l'Etat, uniformité des règles appliquées à toutes les collectivités quelle que soit leur situation, complication résultant de tous les efforts faits à juste titre pour inciter les collectivités à coopérer les unes avec les autres. Il en résulte de multiples inconvénients : lourdeur des procédures, aggravation des coûts, inefficacité des interventions publiques et, finalement, éloignement des citoyens.
(...)
Il vous appartiendra naturellement d'évoquer toutes les modifications d'ordre administratif, juridique ou fiscal qui vous paraîtront utiles. Je souhaite que soient, par priorité, mises à l'étude la modification des structures en vue de leur simplification, la répartition des compétences en vue de leur clarification, l'allocation des moyens financiers en vue de leur emploi le plus économe possible.
(...) Il y a lieu également de faire en sorte que les structures des collectivités territoriales favorisent une meilleure gestion des deniers publics et que les responsabilités de chacun apparaissent plus clairement à nos concitoyens. Enfin, il faut que, dans le cadre de compétences mieux définies, soient non seulement préservées mais approfondies les libertés locales.
(...)"

Outre l'immense chantier relatif aux finances locales, une question reste en suspens :  les membres du Comité auront-ils la présence d'esprit et le courage politique de s'attaquer au cumul des mandats dans le cadre de la mission qui leur a été confiée ?

Par Alliolie - Publié dans : De nos jours
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Vendredi 19 septembre 2008 5 19 /09 /Sep /2008 14:13
« La Fed* sauve l'assureur américain AIG de la faillite.
Pour éviter une crise financière planétaire, la banque centrale américaine a effectué, mardi 16 septembre, un virage à 180 degrés. Inflexible dimanche devant les difficultés de la banque d'affaires Lehman Brothers, la Fed a finalement décidé de ne pas laisser l'assureur AIG connaître le même sort. Alors que l'ex-numéro un mondial de l'assurance ne disposait plus que de quelques heures avant de déposer son bilan, la Réserve fédérale s'est résolue à lui prêter elle-même les sommes nécessaires à sa survie. Soit une aide inédite de 85 milliards de dollars (59,5 milliards d'euros). 
»
Le Monde, 17 septembre 2008

Pourquoi accorder à AIG ce qui a été refusé à Lehman Brothers ?
C'est à se demander s'il aurait suffit à cette seconde de se présenter à la Fed après AIG pour obtenir ce qui lui aurait évité le Chapter 11**, procédure relevant du droit fédéral américain des faillites (droit des procédures collectives) et visant la restructuration de l'entreprise...

Activités respectives ?
Lehman Brothers est une banque d'investissement multinationale proposant des services financiers diversifiés (actions et obligations, études de marché, capital-investissements, banque privée...) ; il s'agit d'un acteur majeur du marché des emprunts d'Etat américains.
AIG est quant à elle un leader mondial de l'assurance (troisième par son chiffre d'affaires après ING et Allianz) et des services financiers, et est aux Etats-Unis le plus grand arbitre d'assurance pour les secteurs commercial et industriel.

 

Mais reprenons la chronologie (quelle semaine !) :

Dimanche 7 septembre : Le Trésor américain décide de mettre sous tutelle deux géants du refinancement hypothécaire menacés de faillite, Freddy Mae et Fanny Mac***, pour un coût estimé entre 40 et 200 milliards de dollars américains (USD). Cette opération est alors applaudie par les marchés financiers, qui gagnent plus de 4% en cours de journée.

Samedi 13 septembre 2008 : Barclays renonce à la reprise de Lehman Brothers consécutivement à l'attitude de la Fed. Cette dernière refuse de faciliter ce rachat (autrement dit de mettre les finances publiques à contribution dans cette reprise) en dépit du précédent Bear Stearns.

Dimanche 14 septembre 2008 : Les grandes agences de notation dégradent la note d'AIG.

Lundi 15 septembre 2008 : Faute de repreneur, Lehman Brothers est placée sous Chapter 11.
De son côté, le titre AIG atteint un minimum historique sur fond de rumeurs de faillite imminente de la société (même cas de figure que pour Lehman Brothers : des pertes de milliards de dollars liées à la crise des subprimes).

La Fed demande donc aux banques Goldman Sachs et JPMorgan de syndiquer les vastes sommes nécessaires à l'assureur pour faire face à ses obligations urgentes. Mais ces deux banques refusent finalement, constatant la plongée persistante du titre AIG en bourse.

Mardi 16 septembre 2008 : la Fed porte secours à AIG en lui prêtant 85 milliards USD, à un taux de 8,5% au dessus du Libor. L'ensemble des actifs et des filiales d'AIG, qui peut ainsi poursuivre son activité, sont apportés en garantie à la Fed. ****

Mercredi 17 septembre 2008 :
D'une part, la banque britannique Barclays annonce un accord avec Lehman Brothers. Il s'agit pour Barclays de récupérer les activités de cette dernière concernant l'ensemble des marchés financiers, marchés d'actions, de matières premières, marchés monétaires, et le conseil en fusions-acquisitions. Ce rachat partiel de la banque en faillite permettra à Barclays de devenir numéro trois de la banque d'investissements aux Etats-Unis.
D'autre part, le gouvernement fédéral américain exerce l'un des droits qui lui a été octroyé en contrepartie du prêt à AIG, à savoir le droit d'effectuer des remplacements au sein de la direction. AIG est supposée être progressivement démantelée pour rembourser le prêt exceptionnel qui lui a été consenti (d'où le recours à l'expression de « faillite contrôlée » par certains observateurs).

Jeudi 18 septembre 2008 : la Fed annonce dans la matinée qu'elle va apporter 180 milliards USD de liquidité aux marchés. L'objectif est (encore) de rassurer les investisseurs.

Vendredi 19 septembre 2008 : Barclays envisage désormais de reprendre certaines des activités de Lehman Brothers en France (à suivre...).*****

 

Pourquoi, en définitive, avoir préféré aider AIG que Lehman ?

Il est avancé, d'abord, que la faillite potentielle d'AIG aurait eu des conséquences bien plus graves sur le système financier mondial que la faillite de Lehman Brothers.

Mais dans la mesure où nous parlons ici de restaurer la confiance des investisseurs, ne peut-on pas aussi se demander si Lehman, à quelques jours près, n'aurait pas pu bénéficier en lieu et place d'AIG du sauvetage providentiel de la Fed ? Constatant que les potentiels racheteurs la sollicitaient désormais préalablement au rachat, la Fed aurait créé un exemple avec Lehman, avant de comprendre, avec AIG, qu'elle se devait d'intervenir.

Par ailleurs, ne peut-on pas se demander si l'élection présidentielle américaine imminente n'aurait pas joué en faveur d'AIG, dont la faillite aurait eu des répercussions sur des milliers de ménages modestes américains, plutôt qu'en faveur de Lehman brothers, dont la faillite ne risquait "que" d'enclencher une crise systémique ? 


N'a-t-on pas là, en définitive, favorisé le court sur le long terme ?


* Federal Reserve, autrement dit Banque centrale des Etats-Unis. Notamment, elle décide de la politique monétaire nord-américaine, supervise le système bancaire américain et agit comme prêteur de dernier ressort.

** Le Chapter 11 est à différencier du Chapter 7 : "When a troubled business is unable to service its debt or pay its creditors, the business or its creditors can file with a federal bankruptcy court for protection under either chapter 7 or chapter 11. In chapter 7, the business ceases operations and a trustee sells all of its assets and distributes the proceeds to its creditors. A chapter 11 filing is usually an attempt to stay in business while a bankruptcy court supervises the "reorganization" of the company's contractual and debt obligations. The court can grant complete or partial relief from most of the company's debts and its contracts, so that the company can make a fresh start. Sometimes, if the business's debts exceed its assets, then at the completion of bankruptcy the company's owners all end up without anything; all their rights and interests are ended and the company's creditors are left with ownership of the newly reorganized company." (source: http://en.wikipedia.org/wiki/Chapter_11,_Title_11,_United_States_Code)

*** Federal National Mortgage Association (Fannie) et Federal Home Loan Mortgage Corporation (Freddie). Ces deux organismes détiennent plus de 40% des prêts hypothécaires américains, ce qui en fait des piliers du financement du marché immobilier US.
Mais il s'agit de "government sponsored enterprise", c'est-à-dire d'entreprises privées d'Etat. Leur statut a pour conséquences qu'elles sont détenues par des actionnaires privés mais qu'elles bénéficient d'une ligne de crédit garantie par le Trésor et dispensée de certaines obligations comptables et prudentielles.
En outre, il s'agit de pionniers en matière de titrisation (technique consistant à transformer des prêts bancaires en obligations et qui a largement contribué à diffuser la crise des subprimes, cf. mes billets précédents sur la crise).
Or comme l'a souligné Pierre-Antoine Delhommais dans Le Monde du 13 septembre, "Comment la Maison Blanche et le Congrès auraient-ils pu s'offusquer de pratiques certes très douteuses mais qui leur profitaient indirectement ? Comment dénoncer un système ayant permis en dix ans à neuf millions d'Américains de devenir propriétaires, c'est-à-dire ayant fabriqué neuf millions d'électeurs reconnaissants ? Comment s'attaquer à une mécanique semblant capable d'alimenter indéfiniment la hausse du marché immobilier, donc de stimuler la consommation des ménages et la croissance ? (...) Personne, à Washington, n'avait intérêt à remettre en cause cet assemblage de bric politique et de broc financier, qui faisait le bonheur de tous. Jusqu'à ce que la bulle de l'immobilier finisse par éclater. Jusqu'à ce que le marché finisse par prendre sa revanche sur l'Etat, obligé de payer au prix fort (peut-être plusieurs centaines de milliards de dollars) son incompétence."

****A noter : AXA (groupe international français spécialisé dans l'assurance et depuis quelques années dans la banque) est le principal actionnaire de Lehman Brothers, en faillite... et le concurrent direct d'AIG, en déroute mais bénéficiant du secours de la Fed.

***** A consulter, "HBOS, Lehman, Merril Lynch... A qui profite la crise financière ?" : http://www.trends.be/fr/economie/banque-et-finance/12-1636-46217/hbos--lehman--merril-lynch----a-qui-profite-la-crise-financiere--.html

Par Alliolie - Publié dans : Crise des subprimes pour les nuls
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Mardi 16 septembre 2008 2 16 /09 /Sep /2008 20:23
Voici une expression qui me hérisse le poil depuis quelques semaines, celle de « laïcité positive ». Et je dis « expression » lorsque l'usage actuel commanderait que je dise « concept ».
Curieuse d'en savoir davantage sur ce nouveau-né au royaume des idées (sic), je m'aventurais sur la toile, où les articles y afférent sont nombreux. La polémique fait rage, François Bayrou n'est pas content, normal.

La laïcité, en droit actuel, consiste d'abord en la séparation des églises et de l'État et en la neutralité du service public (cf. l'interdiction de tout port de signes religieux visibles). En outre, la République assure la liberté de conscience, la liberté de croire ou de ne pas croire et la liberté de pratiquer une religion dans le respect des lois. Enfin, elle ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.
Soit.

Tentons une synthèse.

Que serait une laïcité positive ?

Pour l'actuel président de la République, «la morale laïque risque toujours de s'épuiser ou de se changer en fanatisme lorsqu'elle n'est pas associée à une aspiration qui comble l'aspiration à l'infini». Il en déduit qu'une laïcité positive est souhaitable, laïcité « ouverte au dialogue avec les religions ». Ce serait une laïcité « qui respecte, qui rassemble, qui dialogue, et non pas une laïcité qui exclut et qui dénonce », ouvrant la possibilité d'échanger « sur le sens que nous voulons donner à nos existences ».

Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, défend également ce concept en précisant que « c'est la volonté de faire coexister harmonieusement dans la société des croyances différentes », à l'inverse d'une laïcité « négative », qui aurait existé notamment au début du XXème siècle.

Mais pour Jean-Michel Quillardet, grand maître du Grand Orient de France (GOF), le concept de laïcité positive tel que présenté par Nicolas Sarkozy « veut que les religions soient désormais considérées comme un atout et qu'il faille rechercher un dialogue avec elles », ce qui implique une «nouvelle conception des rapports entre l'Etat et la religion ». Heurté par le concept, il ajoute que « la quête de sens ne passe pas nécessairement par les religions ».

En somme, ce qui ferait débat serait, plus que le concept, le fait que Nicolas Sarkozy a annoncé son intention de ne faire passer aucune religion devant l'autre, tout en glissant un « mais nous assumons nos racines chrétiennes »...

Que serait une laïcité négative ?

Le pendant négatif de cette laicité pose problème.

Patrick Devedjian qualifie la laïcité négative de « visage controversé de la laïcité ». Elle aurait selon lui existé au début du XXème siècle, avec « par exemple, l'armée dans les couvents, les officiers qui allaient à la messe fichés, tout ça au nom de la laïcité ». En d'autres termes, il s'agirait d'une laïcité « souvent vécue comme douloureuse, comme un affrontement ».

Mais certains vont plus loin dans l'acception de cette laïcité négative. Or le sens retenu de la laïcité négative semble déterminer l'opposition de principe, ou non, au concept de laïcité positive. Si l'on y voit la laicité telle qu'elle a existé jusqu'à présent en France, on énonce massivement une conception nouvelle qui serait qualifiée de positive et ne mériterait pas, en réalité, la dénomination "laicité".
Comme le relève Laurent de Boissieu sur son blog, « en défendant l'idée d'une "laïcité positive", Nicolas Sarkozy sous-entend (...) que la laïcité française, historique, républicaine, serait une laïcité "négative" » (ici :http://politique.hautetfort.com/archive/2008/01/16/laicite-positive.html). Pour cet auteur, cela conduirait d'abord à un amalgame entre laïcité et antireligieux, alors que la laïcité est « l'areligieux dans la sphère publique ». Il en déduit aussi  une primauté de la morale religieuse sur la morale laïque, cette dernière n'étant pas définie.
A l'inverse, retenir la conception présentée par Devedjian de la laïcité négative conduit à ne pas rejeter en bloc la laïcité positive... encore faut-il dans ce cas admettre qu'il existe une distinction entre ces « deux laïcités »... 

Quelles seraient les conséquences pratiques du concept de laïcité positive?

Jean-Luc Mélechon (PS) estime que la laicité positive « s'oppose à la loi de 1905 en prévoyant le retour des Eglises comme actrices de la vie institutionnelle et publique ». Au moins ( !).

En réalité, concrètement, une perspective « laïcité positive » conduirait par exemple à la possibilité de faire passer les associations du statut cultuel (loi de 1905), qui interdit tout subventionnement public, au statut culturel, qui l'autorise (loi de 1901).
Dans le même sens, le rapport Machelon (rapport commandité par le ministère de l' Intérieur et rédigé par la commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics, présidée par Monsieur Jean-Pierre Machelon) déplore « l'interdiction faite aux collectivités publiques de contribuer à la construction de nouveaux lieux de culte alors qu'elles peuvent participer à l'entretien d'une partie du patrimoine existant », ce qui « accentue encore la disparité avec les cultes traditionnels ». Certaines voix ont en conséquence rapidement alerté sur le risque de démantèlement de la loi de 1905 (qui prévoit que « l'Etat ne reconnaît ni ne salarie aucun culte », et que « l'exercice des cultes est libre »), alors même que la laicité repose en droit sur bien davantage que ce texte.

Nota : le rapport Machelon est ici : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/064000727/0000.pdf

Et alors, m'interroge-je ?

Quand bien même cette faculté de passage du statut culturel au statut cultuel serait reconnue, le droit applicable en France consacre la laïcité au plus niveau*, de sorte que la marge de manœuvre dont disposerait le législateur pour lui porter atteinte serait fortement réduite.
Laïcité positive ou non, il ressort du droit constitutionnel et européen en vigueur**, que le devoir de neutralité et d'impartialité de l'Etat est incompatible avec un quelconque pouvoir d'appréciation de la part de l'Etat quant à la légitimité des croyances religieuses (CEDH, Manoussakis c. Grèce, 26 septembre 1996). Dans ces conditions, comment décider de l'attribution de subventions à telle association jadis cultuelle plutôt qu'à une autre ?

La loi doit imposer des règles pour garantir le pluralisme, l'Etat étant alors considéré comme un organisateur neutre et impartial de l'exercice des diverses religions, cultes et croyances, rôle qui contribue à assurer l'ordre public, la paix religieuse et la tolérance dans une société démocratique. Or permettre les subventions à des associations jadis cultuelles conduirait mécaniquement à favoriser, au moins financièrement, certains groupes religieux (et l'on recherche la neutralité et l'impartialité...) : quand bien même toute association jadis cultuelle bénéficierait de subventions au nom de la laicité positive, quels critères de répartition retenir ? s'en remettra-t-on au principe d'égalité, nécessairement sujet à polémique ?****

Je rejoins en définitive ces propos : il n'y a pas de degré, « soit une république est laïque, et elle ne reconnaît aucun culte ni aucune confession ; soit elle favorise des croyances, ou la croyance par rapport à l'incroyance, et quoique tolérante elle cesse d'être laïque. » ***

 

* Pour rappel :
Article 1er de la Constitution de 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. »
Article 9 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme : « Liberté de pensée, de conscience et de religion
1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.
2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. »

** Voir à ce sujet la seconde partie de cet article : http://www.continentalnews.fr/actualite/politique,15/la-laicite-positive-ou-negative,2930.html

*** http://jchichegblancbrude.blog.lemonde.fr/2008/09/15/laicite-positive-ou-negative-philo/

**** Et pourtant... la cour administrative de Versailles, dans un arrêt du 6 août 2008, a considéré que "Le principe constitutionnel de laicité (...) n'interdit pas, par lui-même, l'octroi dans l'intérêt général de certaines aides à des activités ou des équipements dépendant de cultes." La condition d'intérêt général sert certes de garde-fou, mais cette notion étant elle-même sujette à controverse (encore!), il y a là de quoi avoir mal à sa laicité.

Par Alliolie - Publié dans : Droit
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 15:33
Le billet qui suit a pour origine l'écoute des titres de France Info, radio publique du groupe Radio France, le mardi 2 septembre 2008.
« L'homme qui supervise les services de police et de gendarmerie sur la Corse, Dominique Rossi, a été relevé lundi de ses fonctions. Conséquence de l'occupation de la villa de l'acteur Christian Clavier, ami de Nicolas Sarkozy, samedi dernier par des indépendantistes. Les autorités et en particulier l'Elysée lui reprochent d'avoir laissé se dérouler cette occupation intervenue après une manifestation officielle d'élus et de militants indépendantistes. Une enquête a été ouverte pour violation de domicile. C'est dans ce cadre que Christian Clavier et les gardiens de sa villa ont été entendus mardi. »
Et le journaliste poursuit sur le reste de l'actualité du jour, alors que je bous en considérant que la mention de l'amitié Clavier-Sarkozy n'était peut-être pas nécessaire, sauf à vouloir alimenter, encore une fois, la défiance à l'encontre du président de la République (qui serait sensé ne pas avoir d'ami).

Dans la journée, une déclaration officielle énonce que « Dominique Rossi, coordonnateur des services de sécurité intérieure en Corse, a été démis de ses fonctions, lundi 1er septembre, en raison de "sa gestion" de l'occupation du lotissement où se situe la villa de l'acteur Christian Clavier samedi par des militants indépendantistes, a indiqué le ministère de l'intérieur. Le ministère lui reproche de n'avoir "pas pris les mesures nécessaires pour protéger ce lotissement afin d'empêcher l'envahissement d'une propriété privée". »

Le problème n'est pas tellement le lien existant ou non entre « villa de Clavier » (c'est d'ailleurs le jardin et non la villa elle-même qui a été occupée, détail qui ne semblait pas préoccuper la majorité des médias ayant relayé l'information), « préfet relevé de ses fonctions » et « amitié Clavier-Sarkozy ».
Je pensais au début que ce lien n'était pas établi fermement, il se trouve désormais que j'ai changé d'avis, mais encore une fois là n'est pas le problème.
Le problème tient davantage à la place accordée à cette information au sein des titres de l'actualité, ainsi que sa présentation, puis finalement sa récupération (que je craignais dès l'écoute du flash de France info) par différents leaders politiques.

Concernant France info, au lieu d'annoncer "suite à l'occupation symbolique du jardin de la villa de Christian Clavier par des militants corses souhaitant manifester leur mécontentement concernant le padduc, le préfet en place a été relevé de ses fonctions par le ministère de l'intérieur, ce qui peut trouver un facteur d'explication dans les relations amicales entre l'acteur et le président de la république dans la mesure où l'exécutif dispose d'un pouvoir discrétionnaire en matière de pouvoir déconcentré", il est juste insinué " Conséquence de l'occupation de la villa de l'acteur Christina Clavier, ami de Nicolas Sarkozy (Hey ho les mecs, on peut rappeler deux secondes sa fonction ! On ne parle pas de n'importe quel politique là hein !), samedi dernier par des indépendantistes, le préfet a été relevé de ses fonctions ».

On me dira que le format joue dans la mesure la radio ne permet pas les mêmes développements que l'écrit, soit. Toutefois, pour commencer, on voit bien ici que la différence de longueur entre l'annonce de France Info et la réécriture que j'en ai faite est infime. Or pour une information similaire, ma réécriture laisse place à une interprétation pacifiée, tandis que la formulation de France info (comme d'autres médias) semble ne viser qu'à attiser les rancœurs.

On me dira aussi que, oui, c'est vrai, ils sont amis. On me dira même que, je cite, « ce sont bien eux qui en ont joué, pour le coup, on ne va pas dire qu'on n'a pas poussé les journalistes à apprécier cette amitié... ». Quoi qu'il en soit, indépendantistes corses ou non, n'importe quel autre prétexte aurait été bon pour rappeler que Nicolas Sarkozy a des amis et surtout pour souligner à quel point il kiffe sa place au sein de l'exécutif. Magique.

On m'a même dit « faut écouter France Inter », alors qu'au cours de la journée l'ensemble des médias (radio, presse...) a repris cette information, pourtant banale, sous des formes similaires.

Mais, finalement, on aura beaucoup de mal à me convaincre que l'on n'est pas tenu, sous prétexte de format ou de conviction politique, d'un minimum d'égard pour les destinataires du message, qui auront bien vite fait d'oublier :
- d'une part le pouvoir discrétionnaire de l'exécutif en matière de nomination et démission des pouvoirs déconcentrés (qui date de plusieurs siècles) ;
- d'autre part que discrétionnaire ne signifie pas arbitraire (bordel, l'exécutif ne fait pas ce qu'il veut !! des règles encadrent tout ça malgré tout ! ok, on peut s'arranger si tu touches à mon pote et que je suis président, mais je fais pas ce que je veux non plus ! qu'importe le prétexte ou la motivation du relèvement de fonction !),
- et enfin que ce type d'annonce contribue à un climat de méfiance et de ressentiment voire de haine à l'égard du pouvoir en place, donc de méfiance, de ressentiment et de haine des électeurs et soutiens de Sarkozy à l'encontre des non électeurs et non soutiens de Sarkozy.

Et tout ça pour quoi ? Pour un préfet relevé de ses fonctions parce que le Gouvernement a estimé que ce représentant aurait dû agir autrement.
« Non. Pas tout ça pour ça. Tout ça parce que plein de choses du même acabit depuis 2005 et l'arrivée du Sarko au Ministère de l'Intérieur. » m'a-t-on répondu. Sans citer ce « plein de choses du même acabit ». Sans rappeler non plus que du point de vue des nominations et révocations de préfets et autres hauts fonctionnaires, Sarkozy ne se distingue pas foncièrement de Mitterrand ou Chirac (pour ne citer qu'eux). A ceci près que les préfets restent à l'heure actuelle les seuls garants d'un Etat unitaire, face au développement de la décentralisation depuis 1982. Mais heureusement que le pouvoir exécutif central conserve la maîtrise de ses représentants au sein des collectivités ! Qui s'en plaindrait ?

Parmi ceux-ci qui s'en plaindraient, nous trouverons François Bayrou, qui en fin de journée a eu l'audace de déclarer que "Parce que monsieur Christian Clavier, qui est un ami de vacances du président de la République, a eu affaire à des manifestants chez lui (...) on met à la porte le coordinateur de l'ensemble de la sécurité publique en Corse", et le culot d'ajouter que « C'est le fait du prince. Ce sont des décisions arbitraires et disproportionnées et qui montrent à quoi on arrive quand tous les pouvoirs sont ainsi concentrés entre les mêmes mains et quand le copinage avec les puissants remplace la raison d'Etat »
Rappelons d'abord à monsieur Bayrou le concept de « raison d'Etat », qui consiste pour un État, au nom de son intérêt supérieur, à s'affranchir de la morale, du droit ou d'autres impératifs. En conséquence, soit le leader centriste se contredit, soit sa conception de la raison d'Etat a été effectivement méconnue en ce que la décision du ministère de l'Intérieur reste parfaitement dans les limites de la légalité (ce qu'on rappelle trop peu !).
Rappelons ensuite (encore !) à monsieur Bayrou qu'il y a une distinction fondamentale à effectuer entre une décision discrétionnaire, telle que la nomination d'un préfet par le pouvoir exécutif, et une décision arbitraire, hors du droit.
Rappelons enfin à monsieur Bayrou qu'il n'y a nulle illustration de la concentration des pouvoirs dans les mêmes mains dans cette affaire, puisque cette démission relevait des compétences de l'autorité en cause.

Voilà, en somme, comment une décision - dont la motivation importe peu puisqu'il s'agit d'une décision parfaitement légale - peut être présentée avec une formulation propre à susciter un débat dont on se serait passé, et que j'alimente ici à regret.
Voilà comment une information à la banalité affligeante vient contribuer à des disputes politiciennes déjà omniprésentes.
Qu'on ne se demande plus pourquoi le Français moyen a le moral en berne.

Par Alliolie - Publié dans : Coup de gueule
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Mercredi 27 août 2008 3 27 /08 /Août /2008 14:47
A l'origine, je désirais parler de l'anorexie. Puis je me suis dit que ce sujet avait été déjà traité maintes fois, et certainement mieux que je ne pourrais le faire.
Alors je décidais d'écrire une histoire sur les enfances ternies par les séparations et les violences verbales et physiques. Puis je me suis dit que le sujet était bien trop triste pour susciter l'envie de lire à d'autres qu'à des anciennes victimes ou analystes divers, du psychologue au juge sans oublier l'assistante sociale. Mon histoire aurait probablement manqué de l'universalité nécessaire à ce que ceux-ci se l'approprient ou la transforment en un quelconque instrument de travail.
C'est ainsi que j'en suis arrivée à vouloir retranscrire ma modeste expérience de l'impuissance des proches d'un malade gravement atteint. Puis je me suis dit que le défaut majeur des auteurs était le caractère souvent autobiographique de leurs premiers récits, ce qui tendait à empêcher ces écrits, faute de recul suffisant, de devenir de véritables œuvres.

Et, enfin, j'ai compris. J'ai d'abord compris que dans l'hypothèse où je choisirai de raconter ma vie, je finirai par écrire un texte que je n'aurais pas eu envie de lire s'il avait été écrit par un autre.
Que faire alors ? Soit j'écrivais tout de même, soit je renonçais. Tout choix est un renoncement, et je renonçais à renoncer.
J'ai ensuite compris qu'il importait peu que mes écrits soient ou non des œuvres. Ma tendance naturelle à préférer ne pas faire plutôt que de ne pas faire à la perfection avait tendance à resurgir.

L'un des défauts majeurs de nombreuses personnes semble leur incapacité à ne pas prendre les choses au sérieux : pour être digne d'intérêt ou de chagrin, un événement doit être teinté d'une certaine majesté ou gravité. A défaut, il s'agit d'un non-événement. De la sorte, je m'imaginais que les lignes qui suivent n'intéresseraient pas, faute de suffisamment de trash, ou d'universalité, ou de caractère non-autobiographique.
En réalité, l'essentiel n'est pas là. Si j'ai besoin d'écrire, j'écris. Nul besoin d'anticiper sur le succès potentiel de ces lignes, ni de tenter d'en faire une œuvre, avant même d'avoir écrit ( !). Qu'y puis-je ? Comme beaucoup, j'ai parfois tendance à me prendre trop au sérieux.

Je ne sais pas exactement comment je suis parvenue à surmonter les quelques épreuves qui ont ponctué ma vie jusqu'à ce jour. Je ne sais pas s'il y a une étoile, et si oui quelle étoile, veillant sur moi. Je ne sais pas non plus exactement pourquoi, malgré les quelques raisons qui auraient plaidé en sens contraire, j'aime cette vie qui m'a été donnée.
La seule donnée que je tiens pour acquise est qu'au-delà de ma naissance, ce chemin que je suis actuellement, je ne l'ai pas emprunté seule, quoi que j'en pense parfois.
Et si le fait qu'une ou plusieurs personnes vous voient, vous écoutent, vous bousculent, vous épaulent, vous parlent... était la seule chose à prendre au sérieux ?

Par Alliolie - Publié dans : Moi je...
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Dimanche 17 août 2008 7 17 /08 /Août /2008 13:35

Ne vous fiez ni au titre (mal choisi), ni à la quatrième de couverture (piètre reflet du contenu de cet essai-coup de gueule), ni à la conclusion (que, s'il-vous-plait, vous vous abstiendrez de lire), La jeunesse qui range sa chambre - Une génération et ses révoltes a d'abord le mérite de s'en tenir à ce qu'en annonce son auteur, Grégory KAPUSTIN, en introduction : « je ne suis ni psychologue ni sociologue, mais journaliste, avec les conséquences que cela implique. (...) On pourra donc appeler ce manuscrit un essai, ou un « coup de gueule ». Je l'écris ainsi en tant que journaliste, mais peut-être surtout, en tant que jeune, avec mon expérience, mes réseaux, et les milieux dans lesquels j'ai évolué ».

Quoi de neuf chez cette "génération Y", nous autres âgés de 15-30 ans dans les années 2000 ?
Cette jeunesse qui range sa chambre y apparaît comme une jeunesse divisée, notamment sur la question du « respect de sa souffrance » (considéré par certains comme un droit, par d'autres comme une indécence).

Il s'agit d'une jeunesse se vouant au « culte du dépassement de soi » face à un héritage perçu comme désastreux (ou comment, entre autres, une éducation libertaire a pu engendrer une quête certaine d'autorité, voire une idéologie de l'autorité - parentale, morale).

C'est, aussi, une jeunesse confrontée à une crise multiforme d'intelligibilité (et à qui l'on annonce « Vas, fait », et si tu n'es pas content, « on t'écoute »), appelée à s'exprimer individuellement mais manquant de facteurs d'union. A la marge, il lui reste Internet, « espace vierge que la génération supérieure a du mal à occuper ».


Il s'agit, en somme, d'une génération « schizophrène ». Elle est imitée par ses ascendants qui souhaitent rester jeunes, ascendants aidés en cela par la place occupée aujourd'hui par le marketing, mais ne bénéficie pas du paternalisme qui devrait être associé au sens de la hiérarchie.
Cette génération Y évolue dans une « société molle »*, où faute de lutter contre le système, elle l'intègre, pour se battre à l'intérieur du système. Mais elle ne se trouve pas suffisamment de sources d'injustices pour avoir à mener des combats aussi « nécessaires, profonds et importants » que ceux qui ont pu être menés par d'autres générations, avant elle. Alors même que certaines luttes sont à sa portée, elle ne semble pas se les approprier (l'exemple des OGM est particulièrement bien choisi).
Ayant grandi dans un monde de l'image qui néglige de s'adresser à l'enfant avant de s'adresser à l'adulte et qui lui fait croire qu'elle possède le savoir, cette « génération télévision » critique aujourd'hui les médias de masse, qui « appauvrissent la culture, endorment l'actualité rebelle du peuple, servent les puissants, déforment l'image de la jeunesse, s'accapare ses réalisations, ses valeurs, sa fougue, et ne la prend pas au sérieux, ou jamais comme il faut ». Pourtant, comme le souligne justement l'auteur, cette critique n'entraine ni réflexion de fond sur le sujet, ni rébellion envers des cibles pourtant simples à déterminer : « cette génération se laisse-t-elle donc totalement endormir par le ludique ? »


Et après ? Il existe des combats d'actualité que cette jeunesse a les moyens de faire siens. Du grain à moudre pour notre génération frustrée « de ne pas à avoir à s'opposer à une chose injuste (...) parce que les causes sont plutôt comportementales, socioculturelles et conjoncturelles, que décidées en haut lieu par des tyrans que l'on pourrait combattre ». Sont notamment évoquées la révolution écologique et la question du Libre, parce qu'elles lui sont propres et que la génération antérieure « n'avait pas toutes les clés nécessaires à ces luttes ». A titre d'exemple, sur cette dernière, il est relevé qu' « alors que la jeunesse ne cesse de critiquer [les systèmes traditionnels de production], elle ne peut pas s'en passer tant elle est sujette à la consommation des excréments de ce système, et, pire, l'infime possibilité d'être un jour découvert, soi et son groupe de rock garage ou son équipe de tournage, par un major de la prod' ». Touché.
Dans cette même cinquième partie de l'essai, on trouvera aussi une excellente tribune sur la publicité : « je ne rêve pas de l'abolition de la publicité, mais d'une annonce de l'offre qui ne parle que du produit, de ses caractéristiques, et laisse le reste à nos réflexions tranquilles » ; qui, en somme, laisse « la vie, la vraie » à sa place.



Au final, je regrette simplement que la vision de l'auteur sur cette génération se soit délibérément arrêtée aux frontières françaises, puisque l'adoption d'une perspective plus large, notamment s'agissant des jeunes américains, aurait probablement évité un point de vue qui se révèle parfois, à mon goût, catastrophiste. En effet, certains aspects présentés comme des caractéristiques de notre génération en France seraient apparus comme des aspects déjà caractéristiques d'une ou deux générations antérieures aux Etats-Unis - dans un contexte économique et culturel pourtant différent. 

Je regrette également que des liens hâtifs soient parfois effectués entre deux constats par ailleurs tout à fait pertinents, ce qui peut fausser quelques conclusions - sauf lorsque l'auteur lui-même parvient, on ne sait trop comment, à retomber sur ses pattes. A cet égard, la deuxième partie a tendance à souffrir de raccourcis de raisonnement, ce qui reste heureusement plutôt rare si l'on considère l'ensemble de l'essai. On se serait, de la même manière, aisément dispensés de la sixième partie.

Je regrette enfin le style quelquefois maladroit** (mais ces quelques fois, « ça sonne d'jeun's ») et parfois indigeste (principalement à l'occasion des références à Xavier d'AUZON, souvent absconses - trois lectures de la page 34 ...et je ne l'ai toujours pas comprise). Cependant, il est le plus souvent convenable et même agréable.

Le plan de l'essai est bien amené ; la première, la troisième et la quatrième partie comportent d'excellents passages ; le travail de recherche est correct (surtout pour un « essai ») ; les références à Ignacio RAMONET sont pertinentes ; en définitive, tout cela se lit, et cela se lit même bien.


Le plus important demeure, quoi qu'il en soit, que cette génération Y, je m'y suis très largement reconnue.
Parce que tenter de cerner cette jeunesse qui «n'a pas tant besoin de se révolter, de manière générale, qu'à trouver son propre espace, sa propre identité », à laquelle j'appartiens, n'était naturellement pas un exercice facile, et que Grégory KAPUSTIN s'en sort ici probablement mieux que je ne l'aurai fait, je vous le recommande.


 



* Les passages cités de La Zone du Dehors d'Alain DAMASIO et de La Peur de Corey Robin invitent à les consulter ...

** Par pitié, une majuscule à « Etat » !

Par Alliolie - Publié dans : De nos jours
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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 /07 /Juil /2008 14:11
Non, ceci ne sera pas un long post larmoyant sur Bertancourt.

Ce qui m'a manqué cette année :
- les sushis bar à chaque coin de block, une pléiade d'aliments low fat /sugar free / no trans, le cheesecake et les salad bars
- l'impression d'étouffer à chaque pas, avant qu'une petite brise ne vienne vous rappeler que vous respirez encore un peu, tout de même
- cette faculté d'obtenir un taxi en levant la main de manière nonchalante, sur le bord d'une route, et de rejoindre sa destination en signalant au chauffeur le corner désiré
- le fait de croiser dans n'importe quelle rue des blancs, des blacks, des jaunes, des rouges, des beurs, des hispaniques, des très blancs, respectivement prénommés Isaac, Michel, Jack, John, Xavier, Mouloud et Pierre
- un réseau de métro hors d'âge
- un plan de ville simplissime à pratiquer, et le fait de compter les distances en nombre de blocks
- un bruit permanent, sirènes, conversations et klaxons de taxis confondus
- qu'on me dise "how are you?" quand j'entre dans un magasin, et "take care" quand j'en sors
- Central Park et Times Square by night,  Chinatown et Bryant Park
- j'en oublie certainement...

NYC I'm back !!
Par Alliolie - Publié dans : Moi je...
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Mercredi 21 mai 2008 3 21 /05 /Mai /2008 17:19
De quoi papottent les membres de l'Etat (au sens large du terme) ces temps-ci ?

Du beau, du grand, du sublime.

Prenons quelques exemples :

- Le énième projet de loi "renforçant les mesures de prévention et de protection des personnes contre les chiens dangereux" est actuellement en discussion

- Le Sénat tente de favoriser l'accès à la chasse, et sa commission économique de créer un délit d'entrave à la chasse afin de lutter contre les opérations d'opposants à ce "sport", opérations visant à en bloquer certaines formes

- Le Président a récemment proposé la consécration d'un "droit à l'accueil" (après le droit au logement opposable, nous n'aurions donc pas encore tout vu) pour les élèves d'école primaire les jours de grève

- PS, UMP et compagnie se disputent l'accusation d'obstruction à l'avancée de la réforme constitutionnelle

Sinon, vous, comment va ?
Vous devez déjà avoir renoncé à prendre le train ou à confier vos enfants à un établissement scolaire demain. Renoncé à regarder ce qui se faisait "là-haut" derrière les promesses et les déclarations également, peut-être. Sur ce dernier point, on ne saurait vous jeter la pierre.

Allons donc faire des ronds dans l'eau...
Par Alliolie - Publié dans : De nos jours
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Mardi 13 mai 2008 2 13 /05 /Mai /2008 14:46
Mon traditionnel florilège de sujets d'examens terminaux, prouvant une fois de plus que le droit, c'est beau, c'est bon, c'est bien :

- Politiques sociales (notamment ) :"Les compétences de contrôle des établissements sociaux et médico-sociaux" et "Les principaux objectifs de la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l'enfance".

- Contentieux fiscal : un seul sujet, 1h30 "Les litiges en matière de recouvrement"

- Marchés publics (notamment) : "Expliquez la place de la négociation dans les procédures de passation de marché public", ainsi que "Donner les buts de la création du contrat de partenariat public-privé" (décidément très en vogue, tombé aussi à l'épreuve de droit économique pour l'entrée en master de l'IEP de Paris...)

- Contentieux administratif (au choix) : "Commentaire de CE n°247 866, Section, France Télécom, du 25 février 2005" ou "Dissertation : Comment est organisé le caractère contradictoire de la procédure devant le juge administratif ?"

- Droit public économique (au choix) : "Dissertation : La liberté de la concurrence, est-ce la loi de la jungle ?" ou "Commentaire : Décision n°07-D-28 du Conseil de la concurrence, du 13 septembre 2007 (ici : http://www.conseil-concurrence.fr/user/standard.php?id_rub=210&id_article=804)"

Vive le droit !!
Par Alliolie - Publié dans : Droit
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Lundi 5 mai 2008 1 05 /05 /Mai /2008 23:13

Dans un entretien intitulé "Norme psychiatrique en vue" (Le Monde du 3 mai 2008) , le psychanalyste et professeur de psychopathologie Roland Gorise se livre à une analyse de la manière dont la psychiatrie et la "santé mentale" sont aujourd'hui perçues dans notre société, notamment en ces termes :

"Le repérage fin des troubles ne permet-il pas au contraire de mieux soigner ?
Je crois qu'il permet en réalité d'étendre le filet de la surveillance des comportements, en liaison permanente avec l'industrie pharmacologique. La production de nouveaux diagnostics est devenue la grande affaire de la santé mentale. Voyez le concept de "troubles de l'adaptation" : il est suffisamment flou pour qu'on puisse l'attribuer à chaque personne en position de vulnérabilité. Quelqu'un qui est stressé au travail ou qui est angoissé par une maladie grave peut ainsi développer une "réponse émotionnelle perturbée", qui sera considérée comme trouble de l'adaptation. La réponse sera de lui administrer un traitement médicamenteux, accompagné d'une thérapie cognitivo-comportementale pour l'aider à retrouver une attitude adaptée. Ainsi, la "nouvelle" psychiatrie se moque éperdument de ce qu'est le sujet et de ce qu'il éprouve. Seul importe de savoir s'il est suffisamment capable de s'autogouverner, et d'intérioriser les normes sécuritaires qu'on exige de lui." "

Non seulement je trouve cette analyse assez fine, mais en outre, je me suis demandée ce que donnerait un remplacement du terme "nouvelle psychiatrie" ou "dispositifs de santé mentale" par "Etat", ce qui aboutit à un résultat troublant :

"(L'Etat )se moque éperdument de ce qu'est le sujet et de ce qu'il éprouve. Seul importe de savoir s'il est suffisamment capable (...) d'intérioriser les normes sécuritaires qu'on exige de lui."

Ou encore :

"Je ne suis pas certain que (l'Etat) ait le souci de soigner, et encore moins de guérir. (Il est) plutôt du côté d'un dépistage précoce et féroce des comportements anormaux, que l'on suit à la trace tout au long de la vie. Or, en s'éloignant du soin, la santé mentale utilise des indicateurs extrêmement hybrides. Ainsi de l'expertise collective de l'Inserm (2005) qui préconisait le dépistage systématique du "trouble des conduites" chez le très jeune enfant pour prévenir la délinquance : elle mélangeait des éléments médicaux, des signes de souffrance psychique, des indicateurs sociaux et économiques, voire politiques. On aboutit ni plus ni moins, sous couvert de science, à une véritable stigmatisation des populations les plus défavorisées. Ce qui en retour naturalise les inégalités sociales."

Deux mots : troublant et terrifiant.
Peut-être éclairant aussi.

Si j'avais une tendance naturelle à adhérer aux théories du complot sous leurs formes diverses, je serais probablement encline à envisager un immense complot entre le Gouvernement et les grands groupes pharmaceutiques.
Ou encore une tendance totalitaire de l'Etat nouvellement auto-proclamé médecin public et apte à prévenir des troubles psychiatriques. Qui sait... 
Par Alliolie - Publié dans : De nos jours
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