La crise des subprimes pour les nuls : 1 - Pourquoi une crise ?

Publié le par Alliolie

En espérant sincèrement que cette vulgarisation n’aboutit pas à des contrevérités (j’aime ce mot remplaçant le mot « erreur » mais avec l’avantage de comporter 5 syllabes !)
 
Subprimes, quoi qu’est-ce ?
En langage courant, dans le sens où il est utilisé partout en ce moment et fait trembler une bonne partie de la planète :  
  • C’est un type de crédit hypothécaire : autrement dit, possible remboursement du prêteur, c’est-à-dire de la banque, via la revente du logement de l’emprunteur
  • Critères d’attribution souples : les emprunteurs sont des ménages, souvent à faible revenu, qui ont eu des retards ou défauts de paiements par le passé. Par exemple, certains logements hypothéqués avec ce crédit étaient déjà auparavant hypothéqués à l’achat ( !)
  • Un prêt plus risqué pour le prêteur (en gros, la banque) que pour l’emprunteur (le ménage): qui dit attribution souple d’un prêt dit risque de retard/défaut de paiement (=de remboursement du prêt au prêteur) plus élevé
  • Mais un taux d’intérêt plus élevé que celui d’un prêt plus traditionnel : qui dit prêt dit intérêts. Comme les banquiers ne sont pas véritablement adeptes du bénévolat, ils compensent le risque de ne pas être remboursés par des taux élevés
  • Ce taux d’intérêt est aussi variable dans le temps : pour appâter le consommateur, il est d’abord très bas (pour 2 ou 3 ans), puis est refixé pour le reste du délai de remboursement (en étant indexé sur le taux directeur de la banque centrale américaine)
  • Contexte de développement des subprimes : apparition aux États-Unis dans une période de hausse des prix de l'immobilier. Autrement dit, à l’époque, ce crédit apparait sûr et particulièrement lucratif, donc a rencontré du succès. Grâce aux critères d’attribution souples, l’emprunteur parvenait à obtenir un emprunt pour sa consommation ou son logement. Quant au prêteur, son risque de ne pas être remboursé était relativement faible puisque la valeur moyenne des logements augmentait : si l’emprunteur ne payait pas, le prêt était remboursé par la valeur de la vente du bien immobilier hypothéqué (avec une plus-value).
 
Nota : « Au sens le plus large, un subprime est un crédit à risque, offert à un emprunteur qui n'offre pas les garanties suffisantes pour bénéficier du taux d'intérêt le plus avantageux. »
« Les subprimes sont des crédits à risque comprenant les prêts hypothécaires, les cartes de crédit, les locations de voitures, accordés aux États-Unis à une clientèle peu solvable, sur la base d'une majoration du taux d'intérêt (« prime » appliquée à un emprunteur dont la solvabilité est « en dessous » d'un certain seuil) censée compenser les risques pris par le prêteur ». (source Wikipedia)
 
Quid de la titrisation et des hedge fund …?
En langage courant et pourquoi je parle de ces machins :  
Si le subprime est un crédit, il faut que celui qui prête (organisme prêteur) trouve de l’argent à prêter.
Les organismes prêteurs, banques ou organismes de crédit spécialisés, ont financé eux-mêmes une partie de ces crédits.
MAIS ces organismes ont aussi « titrisé » une autre partie de ces crédits, qu'ils ont replacés sur le marché financier notamment auprès de fonds de placement divers (en particulier, mais pas uniquement, les hedge funds), eux-mêmes pouvant être constitués et/ou financés en partie par des banques (la boucle est bouclée).
Déchiffrage : je suis une banque A. Je propose un crédit à risque à mes clients. Or si je veux prêter de l’argent, encore faut-il que j’en ai à prêter (jusque là, vous suivez). Admettons que je veuille prêter pour 100. Pour 50, c’est bon, j’ai assez, je peux prêter cet argent sans avoir besoin qu’on me le prête, à moi. Pour 50, je décide de moi-même emprunter pour pouvoir prêter. Comment ? Simplement en faisant comme toute entreprise en recherche de financement, c’est-à-dire en transformant des actifs peu liquides en valeurs mobilières cessibles sur un marché financier (= les titres sont adossés aux actifs). NON lecteur, ne décroche pas, je poursuis mon explication : ces 50, l’emprunteur est sensé me les rembourser, avec des intérêts. Donc c’est de l’argent que je n’ai pas actuellement, mais que j’aurais plus tard. Or j’en ai besoin tout de suite. Un (ou plusieurs) actionnaire(s) sait que j’aurais cet argent plus tard, et accepte de me le prêter, en achetant un titre, parce qu’il sait que pour le remercier de me prêter de l’argent en achetant ce titre que j’ai émis, je lui verserais des intérêts. Et plus les intérêts qu’il est possible d’attendre de ces titres sont élevés, plus ces titres rapportent. Logiquement, plus les subprimes (sur lesquels sont adossés les titres) rapportent, plus les titres correspondant sont recherchés par les actionnaires (qui s’attendent à être bien rémunérés à l’avenir pour avoir acheté ces titres), plus ils prennent de la valeur : ce qui est rare coûte cher.
 
Pourquoi je parle de la titrisation ?
Imaginons, oh lecteur, que tu détiennes un titre représentatif de subprime. Autrement dit, tu m’as prêté de l’argent (via le titre), à moi la « banque », pour que je prête moi-même de l’argent à mes clients (via le prêt, le crédit à risque, bref le fameux subprime).
Tu sais très bien que celui qui est sensé me rembourser (ce qui me permettra, à mon tour, de te rembourser, avec des intérêts) risque de me faire faux bon (=si les taux deviennent trop élevés pour les ménages qui je le rappelle, sont en principes des ménages ayant déjà eu des retards et/ou défauts de paiement).
Quelle serait ta réaction si ce risque de non-paiement de la part de celui à qui j’ai prêté ce que tu m’as prêté se rapprochait grandement (respirez, ou relisez une seconde fois)?
Tu tenterais par tous les moyens à récupérer ta mise, n’est-ce pas, quitte à réduire la plus-value que tu aurais pu en espérer, plutôt que de tout perdre ?
Ben voilà. On y est. Tu es actionnaire, tu cherches à revendre ton titre. D’ailleurs, tous les autres détenteurs font la même chose. Conséquence : comme ces titres deviennent abondants sur le marché financier au lieu d’être rares, leur valeur chute.
 
 
Pourquoi une « crise  des subprimes »?
En langage je-suis-économiste-vous-êtes-des-nazes :
« Pour les créanciers, les prêts subprime étaient considérés comme individuellement risqués mais collectivement sûrs et rentables. L'estimation de rentabilité reposait sur une hausse régulière du prix de l'immobilier, justifiée par l'absence de baisse à l'échelle nationale depuis 1945. Ainsi, si un emprunteur venait à défaillir, il était toujours possible de revendre la propriété avec une plus-value. Cependant, la conjonction de l'augmentation des taux d'intérêt à court terme (de 1 % à plus de 5 %) et de la baisse des prix dans l'immobilier a mis en faillite certains des clients les plus fragiles, puis certaines banques elles-mêmes, En 2007, trois millions d'Américains étaient en situation de défaut de paiement. »
(Source Wikipedia)
 
En langage courant :
Pour simplifier, Ceci étant acquis, reprenons la chronologie de la crise :
  • Avant 2004 : les subprimes étaient accordés par les prêteurs à des clients « risqués » car susceptibles de ne pas les rembourser. Comme les taux d’intérêt étaient élevés (après une première période à taux attractif) et que l’hypothèque du logement du client promettait une plus-value au prêteur en cas de défaut de paiement dans un contexte de marché immobilier en hausse, ces subprimes étaient proposés par de nombreux organismes de crédit. Ceux-ci, pour pouvoir prêter de l’argent, ont souvent eu recours à des titres représentatifs de subprimes. Ces titres se négociaient sur des marchés financiers, et rencontraient eux-mêmes du succès. Bref, le monde était beau, tout le monde était content : les ménages, même s’ils payaient de forts taux d’intérêt, pouvaient obtenir des prêts (qui leur auraient été refusés dans des conditions « normales) ; les organismes de crédit proposaient ces prêts qui pour eux étaient rentables, les détenteurs des titres de subprimes espéraient eux-mêmes des intérêts importants, voire une plus-value importante en cas de vente du titre sur le marché financier.
  • 2004 : rappelons que les taux d’intérêts des subprimes sont variables dans le temps : après une période où ils sont bas, ils sont refixés pour le reste du délai de remboursement en étant indexé sur le taux directeur de la banque centrale américaine (=Réserve fédérale américaine). Autrement dit, si le taux directeur de la Réserve fédérale augmente, les taux d’intérêts des subprimes augmentent. OR précisément, le taux directeur de la banque centrale américaine s’est mis à augmenter (de 1% à 5% en 2007), ce qui a entrainé une augmentation des montants de remboursement. Les ménages peu solvables qui avaient emprunté via les fameux subprimes ont commencé à avoir des difficultés de paiement ; du point de vue du prêteur, cela signifiait qu’il était de plus en plus confronté au risque de ne pas être remboursé (et donc, à son tour, de ne pas pouvoir rémunérer les titres adossés aux subprimes)
  • 2006 : rappelons que les subprimes sont garantis par une hypothèque sur le logement de l’emprunteur, servant à payer le prêteur en cas de défaillance. OR précisément, en 2006, crise du marché immobilier américain, donc baisse des prix des logements. Alors qu’avant, le prêteur parvenait à se rembourser, parfois avec une plus-value, en revendant le logement du prêteur en défaut de paiement, désormais, le prêteur n’arrive plus à se rembourser en revendant ce bien immobilier. Conséquence : des difficultés financières de plus en plus grandes non seulement pour les prêteurs (banques et organismes de crédit), mais aussi pour leurs banquiers à eux (=ceux qui prêtent aux prêteurs, voir plus haut le problème de la titrisation).
  • Juillet 2007 : augmentation du taux directeur de la Réserve fédérale + crise du marché immobilier américain = défaut de paiement de nombreux emprunteurs + prix des habitations tombés sous la valeur de garantie = baisse de la rentabilité des subprimes pour les organismes qui les proposaient (certains se trouvant en situation de faillite ou quasi-faillite) = durcissement des conditions de crédits dans d’autres secteurs par ces organismes (pour tenter de compenser les pertes dues aux subprimes) = baisse des titres représentatifs de subprimes (chacun cherchant à se débarrasser de ces titres représentant des crédits qui étaient de moins en moins remboursés, donc a forciori quels intérêts en retirer ?) = baisse des indices des principales places boursières mondiales.  
  • Août 2007 : effet domino : la crise des subprimes devient une crise financière mondiale. Les titres représentatifs de subprimes ne sont pas les seules créances titrisées, mais si ces titres connaissent une crise, un mouvement (humain !) de défiance voit le jour. C’est en quelque sorte le raisonnement « j’ai eu une créance titrisée, elle a connu une crise, j’ai perdu de l’argent, donc je ne veux plus jamais entendre parler de créances titrisées ». Résultat = un mouvement progressivement général de réévaluation du risque et d’aversion au risque, et plus largement une crise de confiance générale dans le système financier (or si pas de confiance dans ce système, pas d’achat de titres, donc perte de valeur de ces titres).
  • Actuellement : la « crise » n’est pas achevée.
 
A suivre dans un prochain billet sur ce blog.
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padan147 11/01/2008 13:13

Très clair Très bien Bravo.