LA CRISE DES SUBPRIMES : 3 - CRAINDRE UN KRACH (OU PAS) ?

Publié le par Alliolie

Oui, je sais, il semblerait que la Société Générale soit davantage à la mode ces temps ci, mais j’avais commencé par ce billet.

 

Pourquoi ça ne sent pas bon du tout : vers un krach ?

En langage je-suis-économiste-vous-êtes-des-nazes :

Selon l’économiste Nicolas BAVEREZ  (Le Monde du 9 janvier 2008) :

« La crise est structurelle et durable car elle marque la fin d'un modèle de croissance fondé sur la réassurance de l'activité par le consommateur américain, sur l'abondance et le faible coût du crédit, sur la baisse parallèle de l'inflation, des taux d'intérêt, des coûts des matières premières et des biens industriels qui cède aujourd'hui la place à une poussée généralisée des prix et des salaires - de la Chine aux Etats-Unis en passant par l'Allemagne. »

«L'année 2008 concentrera l'essentiel du choc, avec le blocage du crédit bancaire, la remontée du coût du risque, l'accélération de la baisse des prix de l'immobilier aux Etats-Unis mais aussi au Royaume-Uni et en Espagne, la menace de faillites en chaîne d'entreprises ou de ménages (plus de 2 millions pour les seuls Etats-Unis). Avec à la clé un net recul de la croissance mondiale de 5,2 % autour de 3,5 %, une récession potentielle aux Etats-Unis, une croissance molle de l'ordre de 1,5 % en Europe et au Japon, un ralentissement des pays émergents »

 

En langage courant :

La crise de l’économie financière, on commence à la comprendre. Mais dire que la crise s’étend de l’économie financière à l’économie réelle, ça veut dire quoi ? Et comment ça a pu arriver ?

Difficultés rencontrées par les banques et resserrement des conditions de crédits (hausse des taux, sélection plus forte des emprunteurs) peuvent peser sur la consommation des ménages et sur l’investissement des entreprises, donc au final sur la croissance.

En clair, l’équation est la suivante : baisse de la consommation + baisse de l’investissement = extension de la crise de l’économie financière à l’économie réelle = atteinte à la croissance du PIB.

En conséquence, la Federal Reserve (banque centrale américaine) poursuit une politique de baisse du taux directeur depuis septembre 2007.

 

Les grandes banques mondiales annoncent des résultats en forte baisse pour les 3ème et 4ème trimestres 2007, surtout en raison de dépréciations d’actifs (= Traduction : la « valeur de marché » des actifs financiers des banques baisse, comme on l’a amplement vu depuis que je vous plonge dans la crise des subprimes. Or la valeur des actifs financiers inscrite dans les comptes est établie à cette valeur de marché, de sorte qu’elle baisse : c’est la dépréciation d’actifs).

Autre raison de la baisse des résultats des grandes banques : avant la crise, les activités de banque d’affaires ou de marché étaient des moteurs de bénéfices, notamment la fameuse titrisation et le financement de hedge funds. Après la crise, logiquement, il y a eu un net ralentissement de ces activités de banque d’affaires ou de marché, donc une baisse des bénéfices qui en été retirés.

Un signe inquiétant parmi d’autres : en septembre 2007, la ruée bancaire à la banque britannique Northern Rock a conduit les clients de cette banque à retirer 12% des montants déposés, ce qui contribue à aggraver la crise et démontre à quel point la confiance ne règne pas…

De grandes banques ont régulièrement fait appel depuis septembre à des fonds souverains pour éviter de couler, il y a des mini-krachs de temps à autres ces temps-ci… Bref, pas de quoi vraiment se réjouir. 

 

Pourquoi ça ne sentirait pas si mauvais que ça ?

 

En langage courant et en bref :

Il semblerait que les évolutions plus structurelles de l’économie mondiale pourraient jouer en notre faveur, ce que pensent certains économistes, notamment l'évolution du modèle de développement du Sud (ce qui nous aide pas mal déjà via les fonds souverains) en faveur de la demande intérieure,  et la poursuite du recyclage des excédents commerciaux pour réassurer le système financier. En clair, il existe des amortisseurs.

 

Qu’est-ce qui pourrait empêcher un krach planétaire ?

 

En langage courant et en vrac : les effets de mouvements plus anciens, une certaine intervention des banques centrales, les groupes industriels qui eux ne sont pas frappés au même titre que le secteur financier par la crise, et l’absence de bulle. Et surtout bonnes nouvelles pour les habitués du fameux et réprobateur « mais que fait le gouvernement ?? » : les messieurs super-gouvernement (au sens large) peuvent jouer un rôle.

 

En langage je-suis-économiste-vous-êtes-des-nazes :

Selon l’économiste Nicolas BAVEREZ (précité) «Ainsi, 2008 n'est pas 1929. Trois facteurs de résistance majeurs excluent en effet une déflation ou un krach planétaires. D'abord, la mondialisation continue à produire ses effets positifs en termes d'ouverture, d'innovation, de sortie de la pauvreté et d'enrichissement des populations des pays émergents. Ensuite, la crise frappe de plein fouet le secteur financier mais non les groupes industriels qui conservent des structures financières saines et une rentabilité élevée. Enfin, contrairement aux années 1920 ou 1990, on ne constate aucune bulle ou surévaluation des marchés d'actions. »

 

Que peut faire monsieur super-gouvernement ?

En langage je-suis-économiste-vous-êtes-des-nazes :

 

Pour Nicolas BAVEREZ (encore !), « De nombreux moyens restent disponibles pour prévenir les risques d'effondrement du crédit ou de récession. (…) Au plan des Etats, la mobilisation des marges de manœuvre budgétaires pour éviter les faillites en chaîne des banques, des PME ou des ménages.

Pour tous, le durcissement de l'environnement économique est porteur de difficultés mais aussi d'opportunités. Ceci s'applique à la France, où le freinage de la conjoncture justifie non pas la pause mais l'accélération des réformes. Parce qu'elle est la moins compétitive de la zone euro, l'économie française connaîtra des performances très médiocres en 2008 avec une croissance en baisse de 1,9 % à 1,5 %, une inflation de l'ordre de 2,5 %, un déficit et une dette publics de 3 % et 65 % du PIB.

Mais le pays peut se placer en situation idéale pour profiter pleinement de la reprise de 2009-2010 s'il libéralise le marché du travail, supprime les rentes des secteurs protégés, réinvestit dans l'enseignement supérieur et la recherche, mène à bien la réforme de l'Etat.

Alors que le modèle de croissance américain tiré par l'innovation financière est enrayé, que les réformes marquent le pas au Japon et en Allemagne, que la crise financière et immobilière déstabilise le Royaume-Uni et l'Espagne, une France modernisée peut devenir l'un des grands gagnants de la décennie 2010, comme une France immobile compta parmi les grands perdants des miraculeuses décennies 1990-2000. »

 

En langage courant : France will survive, BUT en gros, à condition de suivre les conclusions du rapport Attali (grosso modo).

Notons qu’il serait opportun selon Christine Lagarde, de réguler le système bancaire par de nouvelles lois en favorisant la transparence du travail des agences de notation des produits financiers (=agences qui évaluent les risques de ces produits, donc qui ont une certaine part de responsabilité dans la crise des subprimes).

Finalement, non seulement un krach planétaire peut être évité, mai en outre, à condition de renoncer à un certain modèle de croissance fondé sur « l’innovation financière », cette crise peut même être une opportunité pour certains pays, notamment la France, à condition qu’ils engagent certaines réformes.

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Cedric 20/02/2008 18:28

Une analyse légère et perspicace.Cette présentation m'a permis d'appronfondir mes connaissances sur cette crise, et en plus, c'est réalisé avec des petites pointes d'humour...FELICITATIONS !