La France, "pays des droits de l'Homme" ?

Publié le par Alliolie

Les lignes suivantes grossisent volontairement le trait  : les faits sont évidemment plus complexes, ils le sont toujours. Sous cette réserve, ne permettent-ils pas cependant de se poser quelques questions ?

La France dite pays des droits de l'Homme, la France supposée devoir être un modèle en la matière pour les Etats du monde, notamment la Chine, devrait parfois regarder la poutre handicapant sa vision plutôt que la paille dans l'oeil du voisin...

Rappelons quelques condamnations récentes par la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH), rappelant qu'il est parfois bon de s'occuper de son champ de compétences avant de se permettre de violer allégrement le principe de souveraineté  et l'interdiction de l'ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat étranger :

CEDH, 26 juillet 2002, Meftah c. France (arrêt de Grande Chambre): la Cour juge que, faute d'avoir offert au requérant un examen équitable de sa cause devant la Cour de cassation dans le cadre d'un procès contradictoire, en assurant la communication du sens des conclusions de l'avocat général et en permettant d'y répondre par écrit, il y a eu, en l'espèce, violation de l'article 6, paragraphe 1
CEDH, 29 mars 2005, Matheron c. France : violation de l'article 8, utilisation dans le cadre d'une procédure pénale de la transcription d'écoutes téléphoniques réalisées dans le cadre d'une procédure pénale distincte.
CEDH, 26 juillet 2005, Siliadin c. France : condamnation de la France qui n'a pas respecté l'article 4 de la Convention sur l'esclavage. Paris n'a pas assez condamné un cas d'esclavage domestique sur une jeune Togolaise, Siwa-Akofa Siliadin, dans les années 1990.
CEDH, 20 décembre 2005, Wisse c. France : violation de l'article 8, interception et enregistrement des conversations entre un détenu et des membres de sa famille non prévus par la loi
CEDH, 19 décembre 2006, Mattei c/ France : nouvelle condamnation de la France par la CEDH pour violation de l'équité de la procédure.L'article 6 § 3 a) et b) de la Convention EDH prévoit que toute personne a le droit d'être informée d'une manière détaillée de la nature et de la cause de l'accusation portée contre elle, et doit disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense. Viole ce principe, la requalification des faits de tentative d'extorsion de fonds en complicité de ce délit, effectuée au moment du délibéré de la cour d'appel.

Et je mets ici de côté les nombreuses condamnations pour durée excessive d'une détention sensée être provisoire...

De même, je ne fais qu'évoquer ici les nombreux rapports du Conseil de l'Europe concernant la situation des prisons françaises (exemple extrait du Monde du 12 février 2006 : "(...) le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe porte un regard très critique sur "sur le respect effectif des droits de l'homme en France". La France, pays des droits de l'homme. Voici une image qu'un rapport à paraître du Conseil de l'Europe va plus qu'écorner. Signé du commissaire aux droits de l'homme, Alvaro Gil-Robles, et issu notamment de la visite de sept prisons et de cinq commissariats de police, ce document de près de 200 pages, assorti d'une cinquantaine de recommandations, porte un regard très critique "sur le respect effectif des droits de l'homme en France".(...)"). Et depuis ? Rien...

Certes, on m'opposera probablement que tout est question de proportion, et que les violations des droits de l'Homme en Chine sont autrement plus graves que celles commises sur le territoire français. Allez dire cela à des victimes de détention provisoire abusive ou d'isolement administratif infondé...

Par ailleurs, voici que l'Etat décide, par textes successifs, de ne laisser à voir que des individus sains (non fumeurs, consommant ni trop gras, ni trop salé, ni trop sucré mais 5 fruits et légumes par jour, et sans "maigreur excessive"). Outre un esprit saint digne des lumières, autant que le corps suive, au moins pour l'image.

Qu'il est beau, cet Etat français bienpensant aux conditions d'emprisonnement indignes et contaminé par un hygiénisme primaire, à se permettre de s'autoproclamer nation des droits de l'Homme s'ériger en modèle en matière de liberté d'expression, de procès équitable et de traitement égal de tous.


 

Publié dans De nos jours

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