Lehman Brothers non, American International Group (AIG) oui !

Publié le par Alliolie

« La Fed* sauve l'assureur américain AIG de la faillite.
Pour éviter une crise financière planétaire, la banque centrale américaine a effectué, mardi 16 septembre, un virage à 180 degrés. Inflexible dimanche devant les difficultés de la banque d'affaires Lehman Brothers, la Fed a finalement décidé de ne pas laisser l'assureur AIG connaître le même sort. Alors que l'ex-numéro un mondial de l'assurance ne disposait plus que de quelques heures avant de déposer son bilan, la Réserve fédérale s'est résolue à lui prêter elle-même les sommes nécessaires à sa survie. Soit une aide inédite de 85 milliards de dollars (59,5 milliards d'euros). 
»
Le Monde, 17 septembre 2008

Pourquoi accorder à AIG ce qui a été refusé à Lehman Brothers ?
C'est à se demander s'il aurait suffit à cette seconde de se présenter à la Fed après AIG pour obtenir ce qui lui aurait évité le Chapter 11**, procédure relevant du droit fédéral américain des faillites (droit des procédures collectives) et visant la restructuration de l'entreprise...

Activités respectives ?
Lehman Brothers est une banque d'investissement multinationale proposant des services financiers diversifiés (actions et obligations, études de marché, capital-investissements, banque privée...) ; il s'agit d'un acteur majeur du marché des emprunts d'Etat américains.
AIG est quant à elle un leader mondial de l'assurance (troisième par son chiffre d'affaires après ING et Allianz) et des services financiers, et est aux Etats-Unis le plus grand arbitre d'assurance pour les secteurs commercial et industriel.

 

Mais reprenons la chronologie (quelle semaine !) :

Dimanche 7 septembre : Le Trésor américain décide de mettre sous tutelle deux géants du refinancement hypothécaire menacés de faillite, Freddy Mae et Fanny Mac***, pour un coût estimé entre 40 et 200 milliards de dollars américains (USD). Cette opération est alors applaudie par les marchés financiers, qui gagnent plus de 4% en cours de journée.

Samedi 13 septembre 2008 : Barclays renonce à la reprise de Lehman Brothers consécutivement à l'attitude de la Fed. Cette dernière refuse de faciliter ce rachat (autrement dit de mettre les finances publiques à contribution dans cette reprise) en dépit du précédent Bear Stearns.

Dimanche 14 septembre 2008 : Les grandes agences de notation dégradent la note d'AIG.

Lundi 15 septembre 2008 : Faute de repreneur, Lehman Brothers est placée sous Chapter 11.
De son côté, le titre AIG atteint un minimum historique sur fond de rumeurs de faillite imminente de la société (même cas de figure que pour Lehman Brothers : des pertes de milliards de dollars liées à la crise des subprimes).

La Fed demande donc aux banques Goldman Sachs et JPMorgan de syndiquer les vastes sommes nécessaires à l'assureur pour faire face à ses obligations urgentes. Mais ces deux banques refusent finalement, constatant la plongée persistante du titre AIG en bourse.

Mardi 16 septembre 2008 : la Fed porte secours à AIG en lui prêtant 85 milliards USD, à un taux de 8,5% au dessus du Libor. L'ensemble des actifs et des filiales d'AIG, qui peut ainsi poursuivre son activité, sont apportés en garantie à la Fed. ****

Mercredi 17 septembre 2008 :
D'une part, la banque britannique Barclays annonce un accord avec Lehman Brothers. Il s'agit pour Barclays de récupérer les activités de cette dernière concernant l'ensemble des marchés financiers, marchés d'actions, de matières premières, marchés monétaires, et le conseil en fusions-acquisitions. Ce rachat partiel de la banque en faillite permettra à Barclays de devenir numéro trois de la banque d'investissements aux Etats-Unis.
D'autre part, le gouvernement fédéral américain exerce l'un des droits qui lui a été octroyé en contrepartie du prêt à AIG, à savoir le droit d'effectuer des remplacements au sein de la direction. AIG est supposée être progressivement démantelée pour rembourser le prêt exceptionnel qui lui a été consenti (d'où le recours à l'expression de « faillite contrôlée » par certains observateurs).

Jeudi 18 septembre 2008 : la Fed annonce dans la matinée qu'elle va apporter 180 milliards USD de liquidité aux marchés. L'objectif est (encore) de rassurer les investisseurs.

Vendredi 19 septembre 2008 : Barclays envisage désormais de reprendre certaines des activités de Lehman Brothers en France (à suivre...).*****

 

Pourquoi, en définitive, avoir préféré aider AIG que Lehman ?

Il est avancé, d'abord, que la faillite potentielle d'AIG aurait eu des conséquences bien plus graves sur le système financier mondial que la faillite de Lehman Brothers.

Mais dans la mesure où nous parlons ici de restaurer la confiance des investisseurs, ne peut-on pas aussi se demander si Lehman, à quelques jours près, n'aurait pas pu bénéficier en lieu et place d'AIG du sauvetage providentiel de la Fed ? Constatant que les potentiels racheteurs la sollicitaient désormais préalablement au rachat, la Fed aurait créé un exemple avec Lehman, avant de comprendre, avec AIG, qu'elle se devait d'intervenir.

Par ailleurs, ne peut-on pas se demander si l'élection présidentielle américaine imminente n'aurait pas joué en faveur d'AIG, dont la faillite aurait eu des répercussions sur des milliers de ménages modestes américains, plutôt qu'en faveur de Lehman brothers, dont la faillite ne risquait "que" d'enclencher une crise systémique ? 


N'a-t-on pas là, en définitive, favorisé le court sur le long terme ?


* Federal Reserve, autrement dit Banque centrale des Etats-Unis. Notamment, elle décide de la politique monétaire nord-américaine, supervise le système bancaire américain et agit comme prêteur de dernier ressort.

** Le Chapter 11 est à différencier du Chapter 7 : "When a troubled business is unable to service its debt or pay its creditors, the business or its creditors can file with a federal bankruptcy court for protection under either chapter 7 or chapter 11. In chapter 7, the business ceases operations and a trustee sells all of its assets and distributes the proceeds to its creditors. A chapter 11 filing is usually an attempt to stay in business while a bankruptcy court supervises the "reorganization" of the company's contractual and debt obligations. The court can grant complete or partial relief from most of the company's debts and its contracts, so that the company can make a fresh start. Sometimes, if the business's debts exceed its assets, then at the completion of bankruptcy the company's owners all end up without anything; all their rights and interests are ended and the company's creditors are left with ownership of the newly reorganized company." (source: http://en.wikipedia.org/wiki/Chapter_11,_Title_11,_United_States_Code)

*** Federal National Mortgage Association (Fannie) et Federal Home Loan Mortgage Corporation (Freddie). Ces deux organismes détiennent plus de 40% des prêts hypothécaires américains, ce qui en fait des piliers du financement du marché immobilier US.
Mais il s'agit de "government sponsored enterprise", c'est-à-dire d'entreprises privées d'Etat. Leur statut a pour conséquences qu'elles sont détenues par des actionnaires privés mais qu'elles bénéficient d'une ligne de crédit garantie par le Trésor et dispensée de certaines obligations comptables et prudentielles.
En outre, il s'agit de pionniers en matière de titrisation (technique consistant à transformer des prêts bancaires en obligations et qui a largement contribué à diffuser la crise des subprimes, cf. mes billets précédents sur la crise).
Or comme l'a souligné Pierre-Antoine Delhommais dans Le Monde du 13 septembre, "Comment la Maison Blanche et le Congrès auraient-ils pu s'offusquer de pratiques certes très douteuses mais qui leur profitaient indirectement ? Comment dénoncer un système ayant permis en dix ans à neuf millions d'Américains de devenir propriétaires, c'est-à-dire ayant fabriqué neuf millions d'électeurs reconnaissants ? Comment s'attaquer à une mécanique semblant capable d'alimenter indéfiniment la hausse du marché immobilier, donc de stimuler la consommation des ménages et la croissance ? (...) Personne, à Washington, n'avait intérêt à remettre en cause cet assemblage de bric politique et de broc financier, qui faisait le bonheur de tous. Jusqu'à ce que la bulle de l'immobilier finisse par éclater. Jusqu'à ce que le marché finisse par prendre sa revanche sur l'Etat, obligé de payer au prix fort (peut-être plusieurs centaines de milliards de dollars) son incompétence."

****A noter : AXA (groupe international français spécialisé dans l'assurance et depuis quelques années dans la banque) est le principal actionnaire de Lehman Brothers, en faillite... et le concurrent direct d'AIG, en déroute mais bénéficiant du secours de la Fed.

***** A consulter, "HBOS, Lehman, Merril Lynch... A qui profite la crise financière ?" : http://www.trends.be/fr/economie/banque-et-finance/12-1636-46217/hbos--lehman--merril-lynch----a-qui-profite-la-crise-financiere--.html

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David C. 05/11/2008 01:26

L’indispensable RUPTURE avec L’EMPIRE FINANCIER
Par Jacques Cheminade le 3 novembre 2008
 
Tract pour peser sur le sommet international G20 du 15 novembre 08 à Washington
 
« Pourvu que nous nous ressaisissions, la grande crise mondiale peut être l’occasion de construire un monde meilleur. Elle peut aussi être ce qui va nous entraîner vers l’abîme.
Nous sommes face à une échéance décisive : la grande réunion monétaire et financière des vingt principaux pays du monde, le 15 novembre. Le défi est ainsi lancé aux responsables politiques, mais nous savons tous qu’ils ne sont pas à la hauteur.
Nous devons donc, nous autres citoyens, monter sur la scène de l’histoire. »
 
I.              Les vérités qu’il faut dire
II.                II. Un Nouveau Bretton Woods
 
« L’avantage des crises est qu’elles changent les règles du jeu. Il dépend de nous que ce ne soit pas pour le pire, mais pour le meilleur. »
 
Lire l’intégralité du tract : http://solidariteetprogres.org/IMG/pdf/TRACT_2008_11_03_NBW_1_.pdf
 
David C.david.cabas.over-blog.fr