Pour elles...

Publié le par DANIEL

Elles sont jeunes, et elles ne savent pas qu'elles sont belles, véritablement belles. Elles souffrent de leur envie de perfection, insatiables, au sens propre comme au figuré.

 Et elles déclarent que l'on regrette toujours d'avoir mangé, jamais d?avoir jeûné. Que Mia et Ana, traduire boulimie et anorexie, sont leurs ennemies, sont leurs amies.

 

  Je fais rire, en voulant les aider. Parce que moi aussi, Ana, je connais. Ou j'ai connu. Peu importe. Alors on rit que je donne des conseils, que j'essaie de leur apporter mon soutien pour qu'elles s'en sortent, on ne comprend pas ma logique.

 Mais qui peut mieux que des personnes comme moi, sinon guéries, du moins en voie de guérison, les entendre, les écouter vraiment, quand tout leur entourage, tous leurs proches, se sentent impuissants, et consciemment ou inconsciemment, leur reprochent leurs « régimes ». Or la situation, si elle est difficile pour tout le monde, l'est surtout pour ces jeunes femmes, que même les médecins ne comprennent pas.

 Alors, si, on tente d?établir leur profil : perfectionnisme, absence de règles, isolement, suractivité intellectuelle et physique, maigreur, dissimulation (et paradoxalement stockage) de nourriture, organisation excessive de l'emploi du temps, j'en passe.

 Oui, tout le monde souffre. Et jeune, on est malade, maladie dont on guérit, comme l'a si bien dit Mme Parisot. Leur différence est qu'elles sont la plupart du temps intimement persuadées que c'est en se faisant du mal qu'elles se sentent mieux. Une quête effrénée d?absolu, la vide comme remède au vide.

 Que faut-il faire ? J'en suis arrivée à la conclusion, après ces années de ma propre expérience et de mon observation d'autres malades, et de leurs points communs entre elles, et avec moi, qu'il ne faut d'abord jamais leur parler de nourriture, puisqu?il est évident que le problème ne se situe pas là, et qu'il s'agit de l?arbre qui cache la forêt.

 Ensuite, qu'il faut les rassurer, car malgré leur apparente maîtrise de toute situation, malgré leur caractère apparemment froid et hautain, malgré leur intelligence même, elles sont terrorisées et particulièrement seules.

 Puis il ne faut pas leur montrer qu'elles nous impressionnent, ne surtout pas admirer leur maigreur ( ex : ouah, tu es si mince/compa avec top model etc) ni ironiser dessus (ex : la surnommer miss sac d'os), ni faire comme si l'on ne le voyait pas (ex : mais noooon, tu n'es pas maigre).

 Une fois, ma meilleure amie m'a dit par exemple ce qu'il fallait : je paniquais en me disant que j'avais « pris des fesses » (on ne se moque pas, une réelle crise panique), ce à quoi elle m'a répondu que c'était bien. Si elle s'était arrêtée là, l'événement ne mériterait pas la peine d'être relaté, puisque ça, c'est ce que tout le monde dirait à une anorexique en la circonstance. Non.  Elle a eu la finesse d'ajouter, avec un superbe sourire d'une spontanéité incroyable : « C'est plus pratique pour s'asseoir, ça amortit ». Je l'ai regardée, cela m'a coupée net. Parce qu'elle avait raison, avant tout, mais surtout parce qu'elle avait, en une phrase, dédramatisé ce qui me terrorisait dix secondes plus tôt. Et elle l'avait fait sans me culpabiliser (« mais mange, mange, tu vois pas que tu fais souffrir ta mère, on te demande pas grand-chose ! »), sans minimiser le problème (« mais t'as pas besoin de maigrir, et regarde, elles sont pas belles les top models, on dirait des squelettes »), sans parler bouffe. Enfin bref... Je t'aime ma Ju (qui se bouffait trois tartes au citron chaque semaine, minimum, je l'adore).

 Vous me direz, quel intérêt, sur ce blog, à parler de tout cela ? Et c'est vrai, je partage votre point de vue, ma petite vie ne mérite pas vraiment qu'on s'y attarde, et des anorexiques, il y en a des milliers.

 Seulement, justement : il y en a des milliers. Et plus spécialement, depuis quelques mois, un mouvement en provenance des USA, dit des « pro-ana », fait de plus en plus d?adeptes. Apologie de l?anorexie, ou comment faire basculer de jeunes femmes fragiles du côté obscur, celui de la maladie.

 Je sais bien que cette semaine, c"est le SIDA (quoi qu'avec le CPE) ; que la semaine prochaine, ce sera autre chose. Les grandes causes ne manquent pas, qui méritent qu'on s'y attarde ; cependant, il est également incontestable que personne ne peut aider tout le monde, c'est déjà si difficile de s'aider soi-même.

 Je vous propose seulement un moyen simple et efficace de les aider, qui ne prend pas beaucoup de temps, et pourtant qui comme l'effet papillon peut produire de merveilleux effets. D'apporter votre pierre à l'édifice.

 Il suffit de rendre visite à leurs blogs (tapez « ana » ou « mia » sur blogsearch par exemple, le mot anorexie apparaît rarement, ou consultez les liens su skyblog de « alforperfection »), d'y lire quelques articles afin de sélectionner les jeunes femmes qui vous touchent le plus, et qui semblent, malgré leurs comptes de calories et leurs photos de mannequins, dans la pente ascendante plutôt que descendante. Alors, laissez leur, de temps en temps, un petit commentaire gentil, rassurant, un petit conseil de bonheur, un petit sourire écrit.

 J'ai eu l'idée il y a quelques semaines, et je perçois chez certaines d'entre elles un petit mieux, dans quelques articles, et je sais pertinemment que leur reconnaissance est sincère.

 Et surtout souvenez-vous que celle à qui chacune en veut le plus, et celle avec qui chacune est le plus exigeante, c'est.... chacune, à elle-même.

 Merci pour elles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans De nos jours

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