Vaccin contre la déclinite

Publié le par Alliolie

                Les penseurs contemporains de tous bords semblent, sous couvert d’anti-conformisme et de volonté de sauver le monde ( la France , leurs fesses, etc.), céder à la tentation de ce que les journalistes ont coutume d’appeler le déclinisme ou la déclinologie.

 

 

En ce qui me concerne, j’ai lu récemment deux articles qui m’ont un peu ouvert l’esprit sur cette nouvelle tendance, ou plus simplement, qui m’ont amusée par leur candeur (sans péjoration) et leur finesse.

 

 

                D’abord, interview de M. Yves CHAUVIN, prix Nobel de chimie, dans Le Point du 11 mai 2006. Nous parlons cette fois réchauffement de la planète et de la fin du pétrole.

 

 

Je vous le donne en mille : l’avenir de la planète ne le préoccupe « pas du tout » car « l’homme a été confronté à des tas de problèmes qu’il a toujours su surmonter », quant aux catastrophes climatiques, « des catastrophes, l’homme en a toujours connu », et au pire « évidemment, un super-volcan peut se réveiller avec des conséquences épouvantables pour l’homme, mais dans ces conditions il n’y a rien à faire. On disparaîtra tous comme des diplodocus ». Quant aux OGM, j’adore : « bien sur, les OGM mal utilisés peuvent représenter un risque ! Parfois, la science se développe et paf ! c’est toxique. Mais c’est comme ça qu’elle progresse, en faisant des erreurs. ». Pour la disparition du pétrole, ça donne « mais il y aura toujours du pétrole ! comme il coûtera de plus en plus cher, on en consommera de moins en moins, et il durera de plus en plus longtemps […]. Au lieu de visiter Katmandou, les gens regarderont des reportages à la TV ou sur le net. […]. Quant à la hausse des transports de marchandises, ce sera peut-être une bonne chose. S’il n’est plus rentable d’importer des objets de Chine, alors l’industrie pourrait repartir en Europe. ».

 

 

Et pour résumer son propos, en réponse à la question « Bref, l’avenir de l’homme ne vous angoisse pas » : « Je ne comprends pas la rage de l’homme de vouloir vivre dans 50 ans comme on vit maintenant. Les générations futures devront réduire leur train de vie. Elles y seront obligées. »

 

 

C’est sur, cela change de nos amis de la-fin-du-monde-est-pour-demain. Optimisme, quand tu nous tiens.

 

 

 

 

                Autre auteur, autre article, autre journal, autre sujet (nos sous) : un article de M. Olivier Abel, philosophe et professeur à la Faculté protestante de Paris, dans Le Figaro du 22 mai 2006. Celui-ci déclare que « la croissance économique est une obsession ruineuse », que « les pays avancés croient de moins en moins au développement, même quand il se dit le moins inhumain possible pour les plus démunis et le plus durable possible pour les équilibres écologiques », et surtout qui pose une question essentielle « de quel déclin parlons-nous ? ». Poser la bonne question, c’est déjà être mieux avancé pour y répondre pertinemment. Or, selon lui, les civilisations « ne peuvent pas augmenter indéfiniment et sur tous les tableaux. Leur déclin n’est pas la mort, c’est ce par quoi elles passent ou non à la postérité » ; et au cœur d’elles se tiendrait « un noyau éthique qui oriente leur vouloir-vivre globalement, leur style de vie et leurs approbations ».

 

 

Ma traduction (mais peut-être déformation des propos de cet auteur) : il n’y a de déclin que celui que l’on veut voir ; et si tant est qu’il existe, il n’est que relatif, en ce sens que tout ne pas décliner en même temps, comme tout ne peut pas croître en même temps, et que ce que l’on voudrait voir ne pas décliner (croissance, état des finances publiques, etc.) nous entraînerait peut-être précisément vers un déclin plus profond.

 

 

Oui, ça sent le socialiste tout ça, et vous êtes nombreux à connaître mon amour de l’angélisme, de l’égalitarisme et de la pseudo lutte contre le libéralisme. Mais n’y a-t-il pas là un fond de vérité ? Pourquoi, après tout, vouloir à tout prix la croissance, lorsque l’on sait notamment qu’elle est un phénomène récent à l’échelle de l’histoire de l’humanité ?

 

 

L’intérêt à mes yeux de cet article ? Une nouvelle perspective pour une étudiante qui s’aperçoit une fois encore qu’à force de lire la même presse, elle a fini par intégrer et faire siennes des idées prémâchées vantant les bienfaits de la croissance, le déclin du pays (discours millénaire d’ailleurs) et autres constats de tout-fout-le-camp-tout-se-perd.

 

 

Alors que finalement, tout ne va pas si mal ; la seule chose qui foute le camp, ou plutôt la seule qui soit trop exacerbée, est notre tendance à l’égocentrisme.

 

 

Publié dans De nos jours

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sara 21/06/2006 14:15

moi je suis favorable à la "décroissance soutenable". Imaginons qu'on achète MOINS de choses, qu'on dépense MOINS d'énergie, qu'on parte MOINS à l'autre bout de la planète, qu'on jette MOINS de trucs non-recyclables, qu'on aille MOINS au ciné, qu'on mange MOINS de produits artificiels, qu'on offre MOINS de cadeaux, qu'on prenne MOINS sa voiture et PLUS son vélo...On se lamenterait MOINS sur nos salaires qui ne suffisent pas à acquérir le dernier téléviseur écran plat LCD. On passerait PLUS de temps ensemble, dans des loisirs simples, comme observer grandir ses enfants et voir vieillir ses parents, en discutant, en écoutant pousser les fleurs.Evidemment, toutes les entreprises dont c'est la raison d'être de nous faire acheter PLUS se trouveraient dans l'obligation de réorienter leur façon d'agir. Les sociétés les mieux cotées ne seraient pas celles qui auraient affiché une croissance de leur CA, mais celles qui auraient simplement maintenu leur force de travail et les salaires de leurs employés. Les finances publiques seraient en priorité affectées à des secteurs commercialement sans intérêt : la santé, l'éducation, l'environnement, l'aide publique au développement.Et on polluerait un peu moins.On peut rêver...

miss paramount 25/05/2006 09:55

Contente de voir que tout va bien pour ton frère, depuis que je n'étais pas passée par ton blog.
Bon courage pour la suite, et pour tes exams si ce n'est pas terminé.
@ bientôt

Marco 24/05/2006 17:00

Sur le fait qu'il ne peut y avoir de croissance infinie, je suis assez d'accord.Croissance veut dire compétitivité et je ne sais pas si je serais capable (physiquement, psychologiquement, psychiquement...) de tenir le coup ou même si simplement je le voudrais. On peut pas être au top tout le temps,  dans tous les domaines, si ce n'est au prix de sacrifices que je n'ai pas spécialement envie de faire.
Je connais autour de moi des gens qui se tuent au boulot et qui, au final, ne voient pas et ne profitent pas de leur famille...et pour la reconnaissance que l'employeur leur offre en retour...(licenciement par exemple...). Après c'est une question de priorité. Ces exemples m'ont montré ce que je ne voulais pas devenir et les moyens à mettre en place pour éviter ça. Même si c'est préjudiciable à ma performance perso, même si ça représente un obstacle à la croissance.
Au "plus"- vivre, je préfère le "mieux"-vivre...