Pourquoi pas oui ? épisode 1

Publié le par DANIEL

 

Au risque de déplaire à la ligue des résistants qui semble avoir gagné notre beau pays, j'annonce ici aujourd'hui solennellement que OUI, on peut avoir lu le traité établissant une constitution pour l'Europe et l'approuver, finalement, après avoir malgré tout pesé le pour et le contre pendant des heures.

   

   Et pourtant, au début, quel fervent défenseur du non ai-je été !!!!

Tout y passait :

- pas assez de fédéralisme ( quite à faire une constitution, autant partir sur des bases solides et non sur une agglomération d'articles innaplicable : c'est comme une maison, si les bases ne sont pas solides, tout s'écroule )

-trop de partisans du oui ( un de mes principes : si tout le monde pense la même chose, c'est louche. La majorité  se goure facilement... ) donc je penche pour le non

- Chirac et Hollande d'accord ( relouche )

- entrée de la Turquie contenue en puissance

 - et SURTOUT peut-être, le manque de sens de tout cela : trop de valeurs tue la valeur. Lisez la Charte des droits fondamentaux et le préambule, où celà nous mène-t-il ? Au secours, au nom du "surtout n'oublions personne", les rédacteurs ont cédé à la tentation d'un catalogue de droits-créances, joli sur le papier mais dépourvu de sens, et question : quel intérêt ? entretenir un peuple de râleurs, d'assistés, d'irresponsables ? conquérir l'électorat féminin ( comptez le nombre de dispositions consacrées à la parité homme / femme ) ?

Voila, nous n'aurions aucune valeur commune autre que la foi profonde que l'on peut tout demander à l'Etat et tout en obtenir : le travail, la famille, la parité, le logement... Quel soulagement : en europe, il n'y a qu'à tendre le bec ! Remarquez, même l'argent n'y a pas de "valeur"... LOL.

  Un texte mal foutu donc, illisible.

MAIS...

Mais voilà. C'est un compromis entre 25 Etats, voire plus. Certains me diront que trop de compromis tue le compromis, que le résultat ne ressemble à rien. Mais voila. Ce texte qui ne ressemble à rien a recueilli l'accord de 25 chefs d'Etat et de gouvernement. Reste celui des peuple et parlements nationaux. Pourquoi suis-je si émerveillée ? Parce que même si je ne supporte pas Chirac, je vois que nous ne savons tellement plus ce qu'est la guerre qu'on en oublie ce qu'est la paix. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai le sentiment que l'on vit un moment historique, et que tout le monde ne pense qu'à sa retraite ( même si je suis consciente que ce dernier point est très important : c'est moi qui paierai la votre ! ).

Que redire à mes considérations un peu naives, je le conçois, sur le thème de "l'Europe c'est la paix"? Deux choses me viennent à l'esprit :

- tous les partisans ne sont pas anti européens, mais anti-ce-traité-la-car-c'est-de-la-merde. Dans ce cas-là, il croient autant que moi au "destin" de l'europe, seulement ils pensent qu'on peut faire encore mieux ( certains présentent même des projets alternatifs ) et provoquer un fabuleux bouleversement grâce à un non français massif. Leur objectif est d'imposer leur voix. Bien. Question messieurs : en admettant que chirac nous mente en prétendant que l'Europe est foutue en cas de non ( ce qui est vrai, il y a toujours une solution de rechange, un bricolage dans des cas pareils, et Bruxelles planche déjà dessus ), pensez-vous vraiment que le nouveau texte se fera ENCORE à l'initiative française ? En toute honnéteté intellectuelle, pensez-vous vraiment qu'un non de la France, qui a fait chier 24 Etats pour glisser ses services publics ( sous un autre nom ) et autre priorités sociales de l'économie de marché ( si quelqu'un pouvait m'expliquer l'expression d'ailleurs ), signifiera chez les autres Etats-membres qu'elle préfère une autre voie que celle qu'elle a eu tant de mal à tracer et sur laquelle nous sommes amenés à nous prononcer ?  Pour ma part, je pense qu'il y aura une autre pseudo-constitution, même si je ne sais pas dans quel délai ( et non, madame soleil, c'est à côté ! ), cependant elle ne sera pas française. Ce serait pourtant juridiquement possible, évidemment, mais politiquement ....? Je crois qu'un non au nom de la renégociation serait une grosse erreur politique. En même temps, les gens qui le pronent ont bien plus d'expérience dans le domaine que moi !

Qui renégocierait alors ? Je pense à l'Angleterre. Et alors là mes potes votre "Europe sociale" vous pourrez vous la mettre où je pense... Comment dire... disons grossièrment que nos amis britaniques n'ont pas vraiment une conception similaire du rôle de l'Etat. Au passage, je me réjouirai d'une rédaction d'inspiration anglaise ( tiens, je vais peut-être voter non ) : là-bas, en attendant, il y a deux fois moins de chômage que chez nous.

- deuxième limite à mon "l'Europe c'est la paix". Avant d'être politique, l'UE est une union économique. Jusque là, je pense que je ne trouverai pas grand monde pour me contredire. Or, à part une affaire de territoire, de religion ou d'idéologie, pour quelle raison les hommes se tapent-ils sur la figure ? Les histoires de sous, précisément. Et à 25, il y en aura forcément : "c'est la faute de laPologne s'il y a plus d'entreprise en France","rends-moi mes subventions", "pourquoi tu lui as acheté à lui et pas à moi", etc.

Bien sur, l'avantage d'une union plus serrée sera que personne n'aura intérêt à couler l'un de ses 24 voisins puisqu'il coulera avec ! Néanmoins, je me méfie de l'économie quand il y a trop de monde et surtout qu'au sein de tout ce monde il y a les très riches et les très pas riches. Disons que ça me plairait pas trop que tout le monde coule et vienne ensuite se le reprocher mutuellement : et c'est reparti pour une troisième guerre mondiale.

 

Je crois que mon argument le plus fort est cette histoire de renégociation. Si le non passe, l'Angleterre récupère la main et on va enfin être obligés de se bouger en France ( parce que les titillements pour une minute 52 de plus de boulot par jour ça m'exaspère ) .Si le oui passe, on aura de mauvaises surprises, comme toujours ( qu'on ait lu le traité ou pas d'ailleurs : la politique et le droit sont deux choses différentes ), et comme toujours aussi, personne en France ne verra les points positifs ( on est comme ça nous, on ne parle jamais des trains qui arrivent à l'heure ).

Cependant, si ce oui passe, pour une fois, on aura arrêté de râler. Si si, ça détend. On aura vu un peu plus loin que nos petits individualismes ( cf questions des jeunes à chirac : pitoyable comme on peut parfois se trouver à des km des véritables enjeux ). Peut-être qu'on aura vu grand. Un peu d'ambition quoi.

Surtout que le mieux dans l'histoire, c'est que comme le texte devra pouvoir s'appliquer à de nouveaux Etats, à l'entrée de la roumanie, faut tout recommencer ! Donc pas de panique : au pire, on aura sauvé l'honneur et montré que la France tient la route ( quand elle propose un truc, elle y adhère ), et même si ce texte n'est pas modifié par les nouvelles entrées, étant inapplicable, il le sera dans les faits.

Au mieux, la fameuse renégociation. Sur laquelle nous pourrions politiquement avoir encore du poids.

Enfin, c'est juste mon avis

 

 

 

Publié dans De nos jours

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