Du bon côté de la barrière

Publié le par DANIEL

Il est plus facile de critiquer un système dont on ne dépend pas, ou pas encore, ou moins que ceux qui hurlent dès qu'on tente d'y retoucher.

  Il est plus facile pour moi de critiquer les communes qui demandent ( non : "réclament" pour citer la presse ) leur reconnaissance en état de catastrophe naturelle pour l'été 2003, ou ceux des partisans du non au traité constitutionnel européen [ TCE ] au nom d'un modèle social français (sic ) parce que :

- parce que j'appartiens à ce que Laguillier pourrait baptiser le "patronat en puissance" : père de profession libérale, adsl, dvd, maison près du centre ville, en vacances à la mer chaque été et pas dans les coins les plus pourris

- parce que j'ai la chance de pouvoir poursuivre mes études tant que je le jugerai nécessaire sans avoir besoin de travailler pour en couvrir les frais

- parce que je ne travaille pas encore et que j'ignore donc les galères de terrain que sont la recherche d'emploi, les "on vous rapellera", les sous qualifications, les fins de mois difficiles, etc.Dans cette perspective, il ne m'est pas difficile de vanter les mérites d'une Grande-Bretagne ayant deux fois moins de chômage que la France, même si c'est au prix, parfois exorbitant, de la précarité de l'emploi.

- parce que je n'ai aucun problème de toit qui laisse passer la pluie, la neige, le soleil, les nuages, le vent et tout ce qui peut tomber du Ciel ( par Toutatis ).

   Qu'en conclure ? Que pour ces raisons je n'ai qu'à la boucler car je ne sais pas de quoi je parle ? Pour ces raisons, il serait même choquant que j'aie le droit de vote, moi si jeune, si naive et utopiste ( dixit ma mère ), si étudiante ( et pas en économie, tare suprême ! ).

 Sur la question d'un rétablissement du suffrage censitaire, je n'ai rien contre, ne serait-ce seulement parce qu'il m'arrive de discuter avec certaines personnes et de me dire intérieurement, effrayée, "mais ils ont le droit de vote !". Le problème avec cette forme de suffrage n'est pas tellement le principe ( tout le monde voudrait que le vote soit éclairé, responsable, citoyen ), mais la mise en application, comme souvent. Question : sur quels critères sélectionner les "heureux élus" : les électeurs ?

Si c'est sur le niveau d'études, on rencontre vite un problème. Pour clarifier les choses, je vais retranscrire une remarque de ma mère, au sujet des dispositions de la Partie III du TCE, partie condensant le contenu des traités précedemment conclus par l'UE ( rien de neuf au soleil ). Elle m'a dit que je ne pouvais pas m'accorder sur le sujet avec mon beau-père, fervent partisan du non, pour la simple raison que je regardais ce traité avec des yeux de juriste lorsque lui l'examinait d'un point de vue économique. Je reprend mon interrogation : si le niveau d'études sert de fondement à un partage entre citoyens actifs et citoyens passifs, doit-on subdiviser les citoyens actifs ( votants ) selon leurs filières ? C'est-à-dire entre ceux aptes à voter pour un referendum aux enjeux davantage économiques que juridiques et ceux aptes à voter, par exemple, sur une révision constitutionnelle ? En gros, entre les économistes, gestionnaires, comptables, et les juristes, historiens, voire lettrés ?

Et pour les présidentielles, on ferait comment ?... On perçoit vite les dangers de la suppression de suffrage universel direct. Si la démocratie est le moins pire des régimes, peut-être le SUD est-il le moins pire des modes de votation...

Mais second critère possible : l'âge. Je serai, à ce qu'on m'a dit, trop jeune pour voter. J'en reviens à ma maman, chère maman que je fais rire à m'emporter chaque jour à ce point sur l'actualité ( de la fermeture d'une école primaire aux dangers de l'attitude de la Corée du Nord... ). D'après ses dires, et surtout son regard, c'est limite si j'en deviens pas touchante à prendre tout cela autant au sérieux. "Touchante" pas dans le sens "c'est beau"; plutôt dans le sens "la pauvre, ça lui passera".

J'ai eu le malheur de lui répondre que si à 18 ans, on a déjà perdu toutes ses illusions, qu'on a déjà renoncé à changer le monde, qu'on ne croit déjà plus que quelques voix peuvent faire évoluer les choses, qu'on ne croit plus en la grandeur, qu'on a renoncé à l'ambition, nous courrons effectivement le risque d'être un pays de retraités plus tôt que prévu. Retraités de l'espoir, des valeurs, de l'idéologie, de la politique... retraités de la vie à 18 ans.

Malheur ! Que me répond-elle ? "C'est ce qu'on devait dire au sein des jeunesses hitlériennes". Gasp. Que voulez-vous répondre à ça ?

Ma pirouette a été que cela tombait bien, qu'elle me reparle d'Hitler, étant donné qu'elle s'apprête à rejeter par son vote un projet qui marque une avancée dans une construction qui avait pour but à l'origine de créer une solidarité entre des peuples qui venaient de s'entredéchiqueter : l'Europe économique, puis l'Europe politique. Pour la plus jamais ça. 

En tant que "jeune", messieurs dames, j'ai plus d'atouts qu'on ne pourrait le croire :

- mes cours d'histoire sont plus frais que les vôtres : je me souviens encore y avoir appris que la guerre ne se planifie pas et qu'elle est toujours un risque à courir... même aujourd'hui, même avec la dissusion nucléaire, etc.

- j'ai eu le temps de le lire, ce TCE. Non contrainte, il faut le croire à vous entendre, par le rythme effréné de longues journées de labeur qui se suivent et se ressemblent ( je me marre: d'une part c'est vrai que j'ai que ça à foutre, alors que je passe mes partiels à partir de lundi ; et d'autre part arrêtez vous allez me faire pleurer )...

- étant justement détachée, pour le moment ( mais pour peu de temps étant données les difficultés actuelles de nos chers surdiplômés en panne d'embauche, dont je ferai tôt ou tard partie ), de la nécessité de gagner mon pain quotidien, je peux me permettre de voir les choses plus largement, plus globalement... et non à travers le prisme de mes petits intérêts chéris. Des intérêts, la-dedans, j'en ai pour l'instant moins que vous ( pas encore de retraite à prévoir, pas de loyer à payer, pas de problème de délocalisation ni de RTT... ). Mais n'est-ce pas précisément parce que j'adopte une vision quelque peu détachée des contingences, et ébahie par le nombre d'incohérences de notre système ( que je développerai dans mes prochains articles ), que ma voix mérite d'être écoutée ? 

Parce que j'ai encore un rêve. Parce que je suis encore du bon côté de la barrière.

enfin, c'est juste mon avis...

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ronan 13/05/2005 20:56

Je ne vais pas me lancer sur la perception politique du jeune en réalisant un long laïus...donc je vais essayer de faire concis: la notion d'individu rentrera toujours en conflit avec la notion de communauté.
Bon je sais que je devrai développer mais là il faut que je m'alimente...
Pour synthétiser: j'aime bien ta réflexion...

Nicolas 13/05/2005 10:44

Sur le suffrage universel direct (SUD), non seulement il est le moins pire, mais surtout si on se base sur des critères sociaux c'est juger un homme en tant que tel. Et un homme ne saurait se résumer à sa condition sociale. J'ai pour ma part plus d'irrespect pour celui qui suce sa tétine à cirose pleine de Ricard que pour le non diplomé quelconque qui PEUT être extrêmement cultivé et intelligent. Et j'aimerais savoir au nom de quoi on juge de la qualité d'un homme. Il y aurait des "untermenschen" (des sous-hommes), pour reprendre un terme nazi. Il n'y a que les critères qui change...

Le suffrage sensitaire en raison de l'age. Une chose que je trouve marrante et navrante, si a limite d'age est à 21 ans alors le suffrage est sensitaire, si il est à 18ans alors il est universel (ça ne marche que pour la France). Pour autant que je sache un avancement ou un recul de l'age de vote ne remet pas en cause cette limite. Bref c'est tellement navrant que je vais pas m'apesentir.

Toi jeune, sache tu es un crétin ecervellé, parce que tu ne connais rien à la vie. Parce que il faut avoir souffert pour apprécier le bonheur. Si on va comme ça il faut être mort pour apprécier la vie, super... La jeunesse ce n'est pas ce tas d'imbécile heureux (dont je fais parti) qui aime à baigner dans son ignorance sans trop chercher à savoir pourquoi et comment. Non seulement les jeunes disctent entre eux, de l'avenir et ils ont bien plus de conscience politique que l'abruti moyen qui du haut de son grand age et de son seul oeil beugle "tous pourris". Ça réfléchit un jeune, c'est bourré d'idéal, c'est l'oxygène de la nation. C'est la seule tranche de population qui fait grève sans en avoir le droit et sans qu'on ose le lui faire remarquer. Parce que oui il faut bosser pour avoir le droit de grève. Alors quoi, les jeunes? Pour autant je ne crois pas au détachment auque tu fais allusion du à l'éloignement d'une situatin qui sera économiquement contraignante. Car pour ma part je la prends en compte. La société c'est un tout, pas toi+moi+lui+etc...

La question posée sera plutôt à mon avis, la politique doit-elle être objective?