Bye monsieur Edouard

Publié le par DANIEL

Je devais avoir neuf ans. Je ne sais plus.

Nous étions invités, avec mes parents, mon frère et ma soeur, comme chaque année, à l'un des concerts de la tournée de mon grand oncle : tonton Claude. Nougaro ( le frère de ma grand-mère maternelle, tonton pour simplifier ). Un grand artiste qui s'est éteint. Un poète. Un magicien des mots, du rythme et de la scène.

Du haut de mes neuf ans, je regarde le show, déjà éblouie par ce toulousain, alors que je comprenais à peine le sens de ses vers et leur subtilité. Très fière et persuadée d'être la petite nièce d'une superstar, j'ai passé toute la première partie du spectacle à clamer au papy à côté de moi que "c'était MON tonton". Quand j'y repense, j'en ai même un peu honte. Le ridicule ne tue pas.

Après l'entracte, je me rends compte que le vieux monsieur a changé de place avec celle que j'ai pris pour sa fille. Une jeune femme brune, très jolie. Là, je me suis un peu calmée, consciente que j'avais cassé les pieds à celui que je croyais être son grand-père. Mais je ne pouvais pas m'en empécher, j'étais trop fière, c'était mon tonton !!!! Et il FALLAIT que ma voisine le sache.

Après le spectacle, nous allons voir Claude dans sa loge, comme toujours. Le féliciter, mais pas trop parce qu'il est souvent crevé, il dit à cet égard qu'il est un boxeur qui sort du ring. Et qui vois-je dans la loge ? Le "vieux monsieur" et "sa fille". Mon étonnement se poursuit quand je m'apperçois qu'ils connaissent bien Claude, rient ensemble...

Puis la jeune femme me voit, et se retourne vers Claude en souriant :" c'est votre nièce ?" il répond oui. Et elle dit à ma mère que j'ai passé le spectacle à le faire savoir à toute la salle. Je croyais qu'on allait me gronder. Mais tout le monde a ri. Je sentai que je rougissai.

 

Puis, en sortant, ma mère n'arrêtait pas de me dire "toi alors !", en se marrant. Je lui dis que j'aurai du m'excuser auprès du papy et de sa petite-fille. Et elle se remet à rire. Je commence à me demander si tout le monde a décidé de se foutre de ma gueule ce soir.

enfin, j'ai l'explication. Le papy, c'était juste Eddie Barclay. Et celle que j'avais pris pour sa petite-fille, sa dernière femme en date.

Autrement dit j'ai plaidé la cause de mon tonton pendant deux heures et demi auprès du patron d'une des plus grandes majors de disque.

après celà, j'eu un nouveau sujet de fierté : non seulement mon tonton était une superstar, mais en plus j'avais pu me permettre de casser les pieds à Eddie Barclay et sa femme.

Je suis touchée par son décès.  Un artiste. Comme il y en a si peu en France maintenant.

Au revoir Monsieur Edouard.

 

 

Publié dans Moi je...

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Nicolas 14/05/2005 13:16

Tu écris vraiment bien tu sais... Magnifique hommage.