Des droits de l'homme

Publié le par DANIEL

Que doit-on penser des droits de l'homme ? Plus précisément, des textes les proclamant et leur donnant parfois un caractère juridiquement contraignant ?

On me dira que s'ils étaient des droits naturels, il n'y aurait nul besoin de les proclamer.

On me dira que la déclaration des droits de 1789 n'a rien d'universel puisqu'elle ne fait que servir les intérêts de la révolution bourgeoise.

On me dira que la Charte intégrée au TCE reprend davantage la déclaration des droits de 1949 ( ONU ) que celle de 1789, consacrant ainsi plutôt des droits créances que des droits libertés.

On me dira que déclarer n'est pas appliquer, que c'est tout au plus vouloir ou espérer.

On me dira que de telles déclarations font joli sur le papier mais présentent le danger, face à leur sacralisation, de mener à une idéologie de masse.

Et je répondrai simplement que si ces droits étaient ceux d'une civilisation particulière et qu'ils n'avaient rien d'universel, ou s'ils n'étaient qu'au service d'un modèle de société prônant le libre-échange et la propriété ( ce qui est plus le cas dans le texte de 1789 que dans celui de 1949 d'ailleurs, ne confondons pas tout ), la société à laquelle ils seraient nécessaires, d'un point de vue notamment économique, les respecteraient. Ce n'est pas le cas.

Je répondrai ensuite qu'espérer, et même vouloir, c'est déjà un sacré pas en avant !!!

Quand au "s'ils étaient des droits naturels, il n'y aurait nul besoin de les proclamer", je dirai que je pense que naturel et droit sont antinomiques. Soit on laisse faire le naturel, et c'est l'anarchie. Soit on régule par le droit, et c'est la civilisation.

Déclarer des droits de l'homme, n'est-ce pas se souvenir que l'homme doit être au centre des préoccupations. Que l'économie doit servir l'homme, non le contraire. Que la politique doit servir l'homme, non le contraire. Que le droit doit servir l'homme, non le contraire. Le tout dans la mesure où l'on sait saisir la différence entre servir l'Homme et servir chacun des intérêts particuliers des hommes.

Déclarer des droits de l'homme, c'est rappeler que derrière le droit du travail, le droit de la famille, le droit pénal, le droit administratif... il y a un dénominateur commun.

C'est abolir les frontières tant entre les disciplines qu'entre les Etats, pour ne revenir qu'à ce dénominateur commun, notre humble et souvent peu louable humanité.

On pourra qualifier tout cela de kitsch. On pourra contester un droit au mariage pour les pédés. Je ne parle pas ici des dispositions particulières de la Charte de 1949 ou du TCE.

Je préfère me pencher sur le fait qu'il y a encore quelques êtres humains assez idéalistes pour croire que l'homme peut vouloir se reconnaitre des droits autres que ceux qu'il revendique en tant que consommateur.

C'est juste mon avis.

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Nicolas 17/05/2005 15:54

Magistral.

J'ai beau être des idéalistes qui trouvent qu'ils soient formidable qu'on est pu considérer l'homme comme individu, c'est à dire hors de toute considération technique. J'entend par là, comment résoudre le problème du vieillisement de la population et le paiement des retraites? On tue les vieux (gloups). Que les droits de l'homme soit une bonne chose, quelque soit le texte, même celui de 1789 était formidable malgré sa portée subjective, je ne le conteste pas. Et tout d'abord je ne le pourrais pas, je ne pourrais pas dire que le fait que l'homme soit un nombre dans une équation économique, politique, etc...qu'il ne soit qu'une donnée de même importance que les autres. Cela m'est soit impossible, soit un exercice de style franchement périlleux.

Et c'est bien ce qui m'embête. Ce texte polymorphe est devenu universel et on veut qu'il soit respecter par tous car simplement il s'agit de respecter l'homme en tant que tel. Ce qui me pose problème. Soit le principe des droits de l'homme touche à la perfection, au Divin, voire à la Vérire, soit il fait tellement parti intégrante de notre civilisation, d'une évidence rare. Je trouve ce texte formidable, mais mon incapacité à le critiquer me dérange. Ça m'inquiète un peu comme si je ne pouvait à la fois attaquer et défendre le principe de l'avortement. Pour les droits de l'homme, pas de contre.
Idéologie de masse, peut-être, en tout cas je m'en inquiète. Me revienne chaque fois les oeuvres d'Aldous Huxley et Georges Orwell. De la parano, possible. Mais de trouver ce qu'il y a dans ce texte aussi évident que le fait que l'eau mouille me dérange.

Puisque depuis sa transposition par l'ONU ils se veulent universel. Même si je crois qu'ils doivent l'être je trouve ça dangereux de faire de telle chose. Toute proportion gardée, comme il est tendance de faire au nom de la démocratie (pareil critique non aisée finalement).