Merci pour quelques mots

Publié le par Alliolie

Je tiens aujourd'hui à vous signaler la lecture d'un article qui m'a beaucoup émue, écrit par le magistrat Philippe Bilger, "Il y a un avenir après le viol". Merci d'avoir su mettre des mots sur ces pensées avec concision et tant de justesse. Merci de me conforter dans l'idée que les mots peuvent autant apporter que les actes.

Juste deux extraits, et je vous invite à le lire...

"Ce silence est honteux qui enferme l'innocente dans la certitude absurde qu'elle serait coupable. Sinon coupable, du moins complice du crime qui l'a dévastée. Ou, au moins, l'ayant facilité. Il n'y a rien à faire pour abolir, voire atténuer cette injustice profonde qui renvoie d'abord la victime devant sa propre juridiction et la fait se condamner à tout coup. Combien de fois, lors de procès pour viol - et ils sont multiples, à croire que la libération des moeurs a exacerbé la sexualité au lieu de l'apaiser et de la civiliser -, ai-je été le témoin de ces détresses qui s'accablaient, de ces vulnérabilités qui se reprochaient à tort d'avoir été complaisantes ou trop faibles... Leur innocence ne pouvait être consacrée, intimement, que par la reconnaissance judiciaire de la culpabilité de l'AUTRE. Quel soulagement alors, dans les tréfonds de l'être, que ce verdict de condamnation parfois suffisant à lui seul, certaines parties civiles étant presque indifférentes à l'égard du quantum de la peine prononcée ! Les victimes arrivent aux Assises défaites, décomposées, plongées encore dans l'enfer proche ou lointain qui leur a fait craindre bien plus que la perte de leur liberté sexuelle et personnelle : toutes, violées dans leur corps, ont craint pour leur vie. Elles quittent les Assises, l'arrêt rendu, avec une conscience un peu moins douloureuse, un désespoir moins fatal et une esquisse d'aurore. On peut comprendre aisément que c'est notamment pour ces moments-là qu'être magistrat a du sens et du prix."

"Les larmes des victimes constituent le plus impitoyable des réquisitoires et j'ai souvent l'impression qu'après, nous sommes dans la redondance. [...] Enfin, Clémentine Autain offre le meilleur de ce qu'un témoignage de cette nature est susceptible d'apporter. Non pas seulement l'enlisement dans une vision du pire et la résignation du malheur. Trop souvent plaidés par les avocats des parties civiles, les arguments de catastrophe à vie, heureusement, sont rendus caducs par la vie elle-même. C'est ce que Clémentine Autain vient doucement murmurer au nom de ce qu'elle a éprouvé et dépassé. "Une femme n'est pas condamnée à survivre après un viol. On peut vivre, se reconstruire, et même se sentir plus forte."Cette force, on l'admire d'autant plus que la même avoue : "Ce n'est pas facile à porter, même avec le temps qui passe."On remercie Clémentine Autain d'avoir su offrir en partage et l'aveu serein de sa faiblesse et l'espérance de cette reconquête de soi."

 

http://www.philippebilger.com/blog/2006/11/il_y_a_un_aveni.html#more

 

 

 

 

 

 

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