Prison(s)

Publié le par Alliolie

Il y a quelques semaines, des affichettes à la fac ont attiré mon attention : "Débat au café philo - La prison est-elle juste". Et quelque temps plus tard, thème du débat mené dans l'émission l'Arène de France, "Doit-on fermer les prisons?". Or si je ne pense pas avoir un avis sur tout, au moins ai-je un avis sur ces questions.

Mais ces débats sont mal posés ; et dixit Papa, il n'y a pas de problème sans solution, il n'y a que des problèmes mal posés.

La question n'est ni de déterminer si la prison est juste ou non dans l'absolu, ni de fermer les prisons sans réfléchir préalablement à des sanctions alternatives. En effet, il y a bien sur des innocents incarcérés, pour qui la prison n'est évidemment pas juste du tout, tout comme il existe des conditions d'incarcération indignes et humiliantes, incitant à s'interroger sur la légitimité de telles mesures et donc sur ce qui pourrait les justifier.

Mais n'oublions pas, comme a pu le rappeler l'avocat Me Dupont-Morreti, que "l'ont peut et l'on doit punir", même si "l'on ne doit pas humilier".

Quant au caractère juste ou non de l'emprisonnement, je tiens simplement à signaler qu'il présente d'une part l'avantage, par rapport à la peine de mort, d'offrir au condamné un horizon, une "porte de sortie" ; il repose sur le postulat que l'homme n'est pas définitivement mauvais et qu'il dispose d'une faculté sinon de s'améliorer, du moins d'adopter une attitude compatible avec la vie sociale. Avec la peine de mort, point de salut, il est irrécupérable, autant en finir tout de suite.

D'autre part, par rapport à une peine d'amende ou des travaux d'intérêt général, il présente l'intérêt d'une certaine proportionnalité avec l'atteinte portée "aux valeurs et principes fondamentaux de la société", atteinte constituée par les actes illicites commis par l'individu en cause. Pour réprimer un homicide, va-t-on lui dire qu'il n'aura qu'à récurer la voie publique pendant 20 ans puis rentrer tranquillement regarder son feuilleton favori ? Oui, la prison, c'est terrible ; et j'irais jusqu'à m'en réjouir. Non mais.

Concrétement, va-t-on, au nom de meilleurs conditions d'incarcération, préférer accorder aux établissements pénitentiaires des crédits qui pourraient aller aux écoles (source du problème), aux hopitaux (qui d'ailleurs pourraient accueillir ceux des malades se trouvant par facilité dans lesdits établissements), etc. ? En ce qui me concerne, je suis favorable à des conditions minimales d'hygiène, mais la prison n'est pas une auberge de jeunesse. Va-t-on, au nom de ceux qui s'y trouvent injustement, faire bénéficier ceux qui l'ont bien cherché d'un confort vidant la sanction de son contenu ? Punit-on un enfant en l'enfermant dans une salle de jeu ?

Autre question, encore à regret mal posée, "doit-on fermer les prisons" ? Admettons une réponse positive : mais dans ce cas, par quoi les remplace-t-on ? L'idée serait ( ?) celle d'une analogie avec la peine de mort : si celle-ci a été supprimée, une société  moderne et garante des droits de l'homme devrait poursuivre le mouvement en supprimant l'incarcération.

Parlons donc des droits de l'homme ; et ceux de la victime ? Que fait-on de sa peur, de sa douleur ? A-t-on oublié que beaucoup de condamnés à l'emprisonnement étaient dangereux pour leurs concitoyens ?

Certains disent que les individus dangereux ne représentent que 10% des incarcérés. D'abord, j'aimerais que l'on me dise comment l'enquête s'est déroulée (sondage : question 1 : Etes-vous dangereux ?). Ensuite et surtout, si les autres ne sont pas dangereux pour les personnes ou les biens d'une manière ou d'une autre, comment se fait-il qu'ils aient été condamnés ?

Cela m'amène à un troisième point, celui de la détention provisoire, objet régulier des mécontentemens de la Cour européenne des droits de l'homme. Je me demandais récemment si la suppression du motif de risque de trouble à l'ordre public*, motif fourre-tout, ne permettrait pas de désengorger un peu les établissements pénitentiaires. Sans doute, ce point est surtout l'enjeu d'un changement de philosophie dans les pratiques des juges ; l'affaire Outreau aura peut-être eu ce seul effet bénéfique.

Si, enfin, la prison peut être légitime, c'est sous réserve qu'elle conserve ce qui la distingue de la peine de mort, autrement dit une possibilité de réinsertion... Si des fonds doivent donc être "injectés" en la matière, avant de se préoccuper du confort des détenus sur place, encore faudrait-il penser à leurs conditions de vie "hors place". Le but n'est pas de leur donner envie de rester...

La question n'est-elle pas, finalement : comment rendre effectif l'objectif de l'emprisonnement, celui de sanction des actes sans sanction de la personne elle-même, permettant par conséquent à ladite personne de réintégrer la société au terme de la mesure ?

C'est juste mon avis.

* Le juge peut placer un individu en détention provisoire par un acte motivé ; l'un des motifs prévus  par la loi est celui de risque de trouble à l'ordre public, souvent couplé en pratique à une autre justification.

Publié dans Droit

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andrem 20/11/2006 14:55

Bonjour.Encore un sujet passionnant. La prison. Vous ne cessez décidément de me provoquer, même si je vois bien que ce n'est pas votre but. Depuis le temps que je me promets de mettre noir sur blanc tout ce qui se bouscule dans mon neurone unique, afin d'y voir plus clair dans mon obscurité.Mais je vous ai bien assez squattée, et mon neurone est à bout de souffle. Alors je vous lis, je fais un noeud à mon mouchoir, et un neoud à mon écharpe pour me souvenir de mon mouchoir, afin de penser un jour à mettre à exécution cette vieille lune pourtant tant d'actualité écorchée.Il faudra d'abord que je sorte le neurone de sa cage.