De l'origine de la menace

Publié le par Alliolie

Il y a quelques jours, un documentaire nous était proposé par le service public audiovisuel sur le second de Hitler. Documentaire passionant, effrayant, et en un sens salvateur en ce qu'il donnait l'impression que cette partie de l'Histoire était close, notamment avec le procès de Nuremberg.

Néanmoins, cela n'engage que moi, j'ai le sentiment que la menace de lobotomie générale pèse encore sur nos sociétés modernes. Que ces camps, ces horreurs, cet endocrinement, risquent encore d'arriver, et que ce n'est pas seulement un devoir de mémoire qui nous incombe, mais aussi et surtout un devoir de méfiance.

Or, la véritable menace ne provient pas de ceux dont on se méfie. Je pense à Jean-Marie Le Pen, ou à un moindre niveau, à Nicolas Sarkozy. Précisément parce que l'on s'en méfie, le risque pour les libertés est moindre. Leur moindre geste est épié, si bien que le moindre écart subit les foudres de l'opinion publique.

La véritable menace provient de ceux dont on ne se méfie pas. Que l'on n'interprète pas de travers mes propos, s'il-vous-plait, mais je crains davantage une Ségolène Royal ou un Besancenot qu'un Sarkozy, parce que la Ségolène présentée comme l'immaculée conception ou le Besancenot gentil facteur n'inspirent pas la méfiance.

D'autres exemples de doux endoctrinements dus à des phénomènes dont on ne se méfie pas (assez) sont déjà à l'oeuvre : la télévision, la publicité, certaines religions...

Le danger en politique survient lorsque l'on préfère aimer la personne que ses idées, ou pire, lorsque l'on ne se rend même pas compte qu'on le fait. Il n'y a pas lieu d'aimer un politique, ce n'est pas son rôle. L'amour rend aveugle ; à aimer on perd au moins partiellement son sens critique.

Méfions-nous donc du charisme, des sourires enjoleurs et de l'image... et écoutons les idées.

 

Publié dans De nos jours

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andrem 01/12/2006 15:37

Nous nous retrouvons sur cette mise au point.Mais il est inutile de s'excuser auprès de futures victimes de récidivistes. Qu'elles soient furieuses et que soudain le désir de vengeance les submerge est normal, sain, nécessaire peut-être.Le travail de législateur est justement de s'affranchir de cette nécessité de survie individuelle pour laisser la place à la nécessité de survie collective.Il n'a donc pas à s'excuser de ne pas donner libre cours au désir de vengeance, ni au désir de principe de précaution, qui sont des moyens très efficaces de destruction d'une société.Sur le sujet principal de cet échange, j'avoue avoir longtemps participé à ce schéma simpliste de diabolisation des "idées" de Le Pen. La preuve, ce reste de diabolisation marqué par les guillemets. Je sais aujourd'hui l'inefficacité de cette approche, et même son caractère contre productif, la diabolisation lui ayant très bien réussi.Ce sont les idées, mais décidément le mot ne passe pas dans ce cas, les arguments qu'il utilise, voilà je préfère, qu'il faut réfuter, combattre pied à pied, et non seulement lorsqu'il les profère lui, mais lorsqu'on les détecte, plus ou moins enrobés, dans le discours de Sarkozy, et, je le dis aussi non par complaisance à votre égard mais parce que je le ressens fortement, chez Ségolène Royal et encore plus visible chez Besancenot.Nous pourrons rentrer dans les détails une autre fois, qui n'en sont pas, justement, des détails.Pour faire court, c'est pour cette raison que je suivais avec intérêt les progrès de Strauss-Kahn et que je souhaitait qu'il l'emporte, ou au moins que son poids soit assez lourd pour peser.

alliolie 01/12/2006 13:36

J'ai pris les Ségo et Besancenot comme simples exemples, précisément parce qu'ils m'inspirent de la sympathie, et les Sarko et et Le pen parce qu'ils sont pointés caricaturalement du doigt.
Napoléon faisait l'objet de représentations artistiques grandioses, César avant lui, certains pharaons égyptiens aussi. On voit ce que cela donne. La culture médiatique et Paris Match vaut autant pour Sarko que pour Ségo ; le point sur lequel je tenais à m'attarder, ce que padan a relevé d'ailleurs, est le danger de la diabolisation hative, lorsque le danger vient souvent de là où on ne l'attend pas.
Hier soir, j'écoutais Sarkozy chez Chabot. Et je suis absolumment contre les fichiers d'empreinte. Même pour les quelques avantages mineurs qu'ils pourraient représenter ; il nous tend le drame de quelques récidivistes en pature, comme une excuse, mais le risque pour les libertés publiques est bien trop grand pour qu'on s'y limite (je m'excuse d'avance auprès des familles des victimes desdits récidivistes). Je lancerai très prochainement sur ce blog un "jeu" de comparaison des programmes respectifs du PS et de l'UMP, parce qu'il y a du bon des deux côtés. je suis simplement de ceux qui pensent qu'il est plus facile de faire confiance et de se laisser bercer par les douces sirènes de la rupture (que l'on retrouve des deux côtés), que de "faire méfiance"...

andrem 01/12/2006 12:30

Bon, alors comme d'hab, pardon pour ces \\\ à la place de l'apostrophe, dont je ne sais d'où ils sortent.A bientôt pour de nouvelles aventures.

andrem 01/12/2006 12:29

Ah ah, repos, ah ah.Bonjour Aurélie. Puisque tel est votre prénom plus joli qu'Alliolie.Vous posez le doigt sur le sujet sensible. Faut-il se méfier, et de qui faut-il se méfier? Les dangereux dont on se méfie ne le sont plus, les immaculés dont on ne se méfient pas deviennent dangereux s\\\'ils ne l\\\'étaient pas déjà, et le sont plus encore s'ils l'étaient.Je vous suis pas à pas, et pour l'instant je suis d\\\'accord.Le devoir de méfiance que vous souhaitez manquerait cruellement à notre société, ce qui la rend vulnérable au retour de la bête immonde. Encore vrai, encore d\\\'accord.Reste la question de savoir sur qui faire porter la méfiance. Là, il y a grand piège de mélanger tout, et j\\\'espère que vous n\\\'y tombez pas. Déjà, vous dites que ce ne sont ni Le Pen ni Sarkozy les dangereux de service, puisque nous nous méfierions d\\\'eux, et qu\\\'à l\\\'inverse Royal et Besancenot, sous leurs airs de Saint(e) Nitouches, seraient retoutables, usant de la séduction pour mieux nous aveugler.Là, je vous suis moins. Il ne s\\\'agit pas de défendre telle personne contre telle autre, mais il s\\\'agit de ne pas renoncer à appliquer une logique d\\\'un côté pour la pratiquer de l\\\'autre. Les gens sont nombreux qui applaudissent aux rodomontades de Sarkozy, disons 50% de la société pour faire simple, et aux provocations de Le Pen ils sont encore 30% au bas mot (je parle de la sympathie, non du vote potentiel). On ne peut dire, à ce titre, que la société s\\\'en méfie. Du moins, elle ne s\\\'en méfie pas davantage que du petit facteur qui doit disposer d\\\'un capital de sympathie de 30% également, et de la madone, à 50% aussi.S\\\'il vous plaît donc, en terme d\\\'amour, de sympathie ou de méfiance, ne considérons pas qu\\\'il y a deux poids deux mesures, la société en tant que globalité est à proportions exactes aussi méfiante (ou amoureuse) d\\\'un côté que de l\\\'autre.Etant de gauche, ma confiance ira plus facilement de ce côté ci, de même que la vôtre ira plus facilement de l\\\'autre côté. Ce qui ne signifie pour vous comme pour moi, ni amour ni aveuglement; je sais comme vous que nous suivrons de près ce que dirons nos champions respectifs pour valider notre confiance de principe (et que nous risquons d\\\'être bien embarrassés, le jour du vote).Pour entrer dans le détail, sachez que Besancenot ne m\\\'a JAMAIS inspiré la moindre confiance. Je ne fais pas partie de ceux qui affirment que les extrêmes se rejoignent, c\\\'est un de ces lieux communs qui me révulsent; mais les positions de l\\\'extrême gauche ne m\\\'ont JAMAIS plu, depuis le bon vieux temps où j\\\'étais soixante-huitard, jusqu\\\'au jour d\\\'hui où je le suis encore, attardé comme on dit.Encore un point et je cesse de vous faire perdre votre temps (il y aurait tant à dire sur ces sujets): c\\\'est la conséquence inévitable de l\\\'élection au suffrage universel du président de la République que l\\\'incarnation (au sens éthymologique) ait pris cette importance, que le charisme soit devenu une qualité, que la personne humaine ait la priorité sur le programme.Je suis le premier à le déplorer, mais cette forme de royalisme résurgent (pas de calembour sur patronyme ici) est ancré dans notre paysage politique et nous devons faire avec. C\\\'est pourquoi personne ne peut faire abstraction de cet humain là qui se présente à nos suffrages, et il est inévitable qu'il y ait, comment vous dire, une forme d'adhésion à cet humain, pour glisser ensuite le petit papier blanc à son nom dans la boîte transparente.Le programme sera l\\\'affaire de l\\\'élection qui suit, dite législative, et qui pour moi a au moins autant d\\\'importance que la présidentielle. Et pour vous donner un exemple précis dont je n\\\'ai pas honte: je n\\\'ai pas adhéré à la calamiteuse campagne de Lionel Jospin en 2002, bien que satisfait de son bilan de premier ministre. Je n\\\'ai donc pas voté pour lui au premier tour, comme assez d\\\'autres pour qu\\\'on obtienne le résultat que l\\\'on sait.La véritable catastrophe ne fut pas ce résultat, ni celui du second tour auquel j\\\'ai voté Chirac ( et j\\\'aurai voulu qu\\\'il dépassât 85% ce qu\\\'il n\\\'a pas réussi), la véritable catastrophe fut l\\\'abstention élevée des électeurs de gauche au moment de la législative, ce qui constitue pour moi une incohérence de jugement absolue. Ils n\\\'ont pas voté Jospin pour de bonnes raisons (pas assez à gauche, sa campagne, et trop tourné vers une victoire finale assurée), et au lieu de poursuivre leurs efforts visant à revenir à gauche, ils ont plié bagage quand il aurait fallu s\\\'accrocher aux branches.Je suppose que vous avez été contente du résultat de ces législatives, mais le sujet ici n\\\'est pas qu\\\'il ait été ceci ou cela, le sujet est que l\\\'élection législative devrait être, pour une bonne démocratie, l\\\'élection majeure, celle du vrai débat, du vrai combat.Là, et là seulement, se mettent en place des programmes sur le moyen et long terme.

padan 01/12/2006 12:05

Article pas mal. Une critique. Pourquoi personnaliser le débat ?
 

On peut simplement l’élever. Deux exemples.
 

-Les recherches sur l’embryon et la détection précoce des maladies génétiques avant la naissance permettant le « choix » de vie ou de morts ramène au débat et à la politique nazi d’avant guerre sur la pureté de la race. Qui le rappelle ?
 

L’évolution des techniques change –t-elle la donne morale ?
 

-le nazisme, c’est le national-socialisme, pourquoi l’attribuer alors à l’extrême droite ? Peut-on tout simplement reconnaître que l’horreur peut surgir là où on ne l’attend pas. C'est-à-dire d’un monde pavé de bonnes intentions…où l’homme- chaque homme même le plus faible ou pas encore « visible » - disparaît au profit d’une abstraction collective.