Perspectives et bonnismes
Mon avant-dernier article était mal intitulé : le titre aurait dû être « Blocage et constitution ». Qu’importe.
Je tiens aujourd’hui à explorer cette notion découverte il y a quelques semaines, celle de « bonnisme ».
Le bonnisme, voyez vous, consiste à faire une déclaration insusceptible de critique en raison de sa formulation ; c’est une affirmation qu’il est impossible de contrer sauf à passer pour un monstre ou un gros con. Mes grands amis les socialistes en raffolent, mais je reconnais sans peine que tous les politiques affectionnent la technique, et que c’est seulement que ceux de droite sont moins doués à l’exercice.
Prenons un exemple :
Si quelqu’un déclare, « il faut réduire la circulation dans Paris pour éviter de renverser les enfants et les vieilles dames », à moins d’être porté sur les infanticides et l’euthanasie active avancée, il est peu probable qu’une opinion contraire puisse voir le jour.
Autre exemple (et oui, j’en reviens au CPE, je suis actuellement mono-sujet) : « les facs de science et de lettres ont reconduit le blocage, à nous, en fac de droit, de savoir si on est des lâches. »… (toute ressemblance avec une situation existante…).
Sauf qu’ici, ce n’est pas un excellent exemple, puisque l’on peut répondre que reconduire les blocages en se fondant sur ce qui se passe dans les autres UFR du campus n’est pas être lâche, mais c’est échapper à la condition de mouton.
J’en suis à mon point de la réflexion sur le CPE et la pseudo crise qui l’accompagne que je considère aujourd’hui que tout est question de perspective,et que les deux bords du front (oui, on en est là), parviennent à être défendables.
Je prendrais cette fois deux exemples.
1/ Mme Parisot déclare que « la jeunesse est une maladie dont on guérit ».
Deux avis opposés sont envisageables. D’un côté, je considère que c’est un message d’espoir. Jeunes, on est mal, on est malades de vivre, malades de se lever, malades de ses parents, malades d’énergie, malades d’espoir parfois, etc. Et le côté rassurant, ou désespérant, c’est que l’on en guérit… on s’apaise avec l’âge, on s’assagit. Mais l’on peut d’un autre côté, comme j’ai pu l’entendre, penser que c’est pour les adultes, et particulièrement pour « les patrons » et « les politiques de droite », que la jeunesse est une maladie, dans le sens un mal, un parasite etc. Et là, la déclaration devient insupportable, la jeunesse devrait être éradiquée comme un virus (ce qui semble une déclaration peu compatible avec l’idée d’une jeunesse que l’on peut exploiter). Question de point de vue. Je partage le premier.
2/ Les bloqueurs déclarent « le CPE c’est la précarité, etc. »
On peut penser, avec les pro-CPE et comme je l’ai fais, « de quoi ils se plaignent, on est dans un pays hyper protecteur, et c’est pour eux que ce contrat a été créé, ils font vraiment chier ces petits cons à toujours en vouloir plus et à bloquer tout le monde. Quelle bande de petits privilégiés qui ne se rendent pas compte de leur chance».
MAIS, on peut aussi considérer que ces jeunes se sentent atteints dans leur dignité, dans leur identité. Et là, contrat de travail ou véritable oppression, ça ne change rien. Le sentiment que chacun a de se propre dignité et de sa propre identité est suffisamment subjectif pour que la situation coince rapidement… Et aucun argument rationnel ne peut le contrer. Et ça, (même si je suis convaincue que tous les anti-CPE ne sont pas de cette catégorie de personnes qui se sentent profondément meurtries de ce qu’on leur a proposé ) je le respecte, même si je ne partage pas cet avis.
Bien sur, nous sommes, plus que d’autres générations, une génération sans espoir. Moi-même, malgré « papa », j’ai peur pour mon avenir. Et c’est même une différence avec celle qui avait tout à reconstruire après les guerres mondiales : si elles n’avaient rien, elles avaient au moins l’espoir que ça s’arrange…
Quoi qu’il en soit, la solution n’est certainement pas, à mon sens, de bloquer les facs. Pour la simple raison que les politiques s’en foutent, à la limite, que des tas des étudiants fassent leur bordel dans leur coin. Pas de préjudice à l’économie, etc. Juste une image pas très noble ni très honorable à l’étranger, mais ça les Français s’en balancent c’est bien connu…
Si la vérité est à mon avis relative - pro CPE et anti-CPE, pro-blocage et anti-blocage, ont tous des points de vue défendables puisque tout dépend de la perspective adoptée - il faut d’une part fuir les bonnismes comme la peste et rétablir un véritable débat (en ce moment, beaucoup de bruit dans les AG pour peu d’idées), et d’autre part, enfin comprendre que si le CPE, les jeunes n’en veulent pas, la solution est simple : ils n’auront qu’à pas le signer.
Mais tout cela, bien sur, est juste mon avis.