Des droits de l'homme
Que doit-on penser des droits de l'homme ? Plus précisément, des textes les proclamant et leur donnant parfois un caractère juridiquement contraignant ?
On me dira que s'ils étaient des droits naturels, il n'y aurait nul besoin de les proclamer.
On me dira que la déclaration des droits de 1789 n'a rien d'universel puisqu'elle ne fait que servir les intérêts de la révolution bourgeoise.
On me dira que la Charte intégrée au TCE reprend davantage la déclaration des droits de 1949 ( ONU ) que celle de 1789, consacrant ainsi plutôt des droits créances que des droits libertés.
On me dira que déclarer n'est pas appliquer, que c'est tout au plus vouloir ou espérer.
On me dira que de telles déclarations font joli sur le papier mais présentent le danger, face à leur sacralisation, de mener à une idéologie de masse.
Et je répondrai simplement que si ces droits étaient ceux d'une civilisation particulière et qu'ils n'avaient rien d'universel, ou s'ils n'étaient qu'au service d'un modèle de société prônant le libre-échange et la propriété ( ce qui est plus le cas dans le texte de 1789 que dans celui de 1949 d'ailleurs, ne confondons pas tout ), la société à laquelle ils seraient nécessaires, d'un point de vue notamment économique, les respecteraient. Ce n'est pas le cas.
Je répondrai ensuite qu'espérer, et même vouloir, c'est déjà un sacré pas en avant !!!
Quand au "s'ils étaient des droits naturels, il n'y aurait nul besoin de les proclamer", je dirai que je pense que naturel et droit sont antinomiques. Soit on laisse faire le naturel, et c'est l'anarchie. Soit on régule par le droit, et c'est la civilisation.
Déclarer des droits de l'homme, n'est-ce pas se souvenir que l'homme doit être au centre des préoccupations. Que l'économie doit servir l'homme, non le contraire. Que la politique doit servir l'homme, non le contraire. Que le droit doit servir l'homme, non le contraire. Le tout dans la mesure où l'on sait saisir la différence entre servir l'Homme et servir chacun des intérêts particuliers des hommes.
Déclarer des droits de l'homme, c'est rappeler que derrière le droit du travail, le droit de la famille, le droit pénal, le droit administratif... il y a un dénominateur commun.
C'est abolir les frontières tant entre les disciplines qu'entre les Etats, pour ne revenir qu'à ce dénominateur commun, notre humble et souvent peu louable humanité.
On pourra qualifier tout cela de kitsch. On pourra contester un droit au mariage pour les pédés. Je ne parle pas ici des dispositions particulières de la Charte de 1949 ou du TCE.
Je préfère me pencher sur le fait qu'il y a encore quelques êtres humains assez idéalistes pour croire que l'homme peut vouloir se reconnaitre des droits autres que ceux qu'il revendique en tant que consommateur.
C'est juste mon avis.