Principe majoritaire
D'abord, j'aimerai que l'on arrête de me parler d'une victoire "écrasante" du non. Chez moi, 55 %, ce n'est pas écrasant. C'est la majorité, cependant cela fait seulement un peu plus qu'une personne sur deux.
J'ai voté oui. Je l'avais signalé, un oui sans enthousiasme, mais un oui tout de même. Le non a gagné. Je suis un peu déçue, certes, mais je me plie à la loi de la majorité et considère ce résultat comme la volonté générale, comme si, moi aussi , j'avais voulu ce non.
D'un côté, je suis contente. Quelle marée de votes !!!!! Beaucoup de monde s'est souvenu de l'importance de cet acte, s'est réveillé malgré la fête des mères et malgré l'indécision pour la plupart. Je ne crois pas à un réveil démocratique sur le long terme, mais au moins a-t-on constaté que celui-ci était possible, qu'il était encore possible d'être bankable en parlant politique. Malgré tout, il faut aussi prendre en compte le fait qu'il aura fallu, pour atteindre cette mobilisation, attaquer le débat puis le poursuivre sur le mode des intérêts particuliers en jeu, non sur celui de l'intérêt de la France dans son ensemble... Il y a donc encore du chemin à parcourir.
Autre point positif : Chirac se retrouve hors compétition pour 2007 et laisse ainsi le champ libre à mon copain Sarkozy, ce dernier étant de toutes façons gagnant qu'elle qu'ait été l'issue du referendum.
En outre, je suis presque convaincue que nous avons perdu une grande partie de ce que je reprochais à ce traité et qui y avait été introduit par certains de nos compatriotes : la reconnaissance des services publics, l'Etat-en-veux-tu-en-voila, et divers boucliers freins aux échanges et au libéralisme. D'un point de vue écoomique, c'est à long terme une bonne chose. A court terme, conformément au traité de Nice, ce n'est en revanche pas terrible : les décisions doivent se prendre à l'unanimité au niveau européen, et à 25 ce n'est pas sans soulever quelques souci... Quand aux conséquences sur la Bourse, l'actionnariat et l'euro, je ne suis pas assez callée en économie pour pouvoir me prononcer.
Ensuite, je me rejouis de ce coup de gueule à ce que les sondages appellent "la classe politique". Il faut se rendre compte, dans cette histoire ( je vais me retrouver à citer le Pen !? ), du fossé entre nos élites gouvernantes et la population. Il suffit de comparer le pourcentage de votes positifs lors de l'adhésion au traité au Parlement et celui du référendum... je cherche la représentation ! Il suffit aussi de regarder, et je pense qu'on fait bien de le souligner, que l'immense majorité des journalistes et surtout des éditorialistes était en faveur du oui. Plus encore, je suis soulagée que ce coup de gueule n'ait pas attendu 2007 : je préfère que l'on ait rejeté ce traité plutôt qu'on se retrouve avec un second tour aux présidentielles Fabius-Le Pen !!! Pis aller, mais "aller" tout de même.
En ce qui concerne la Turquie, je suis partagée. S'il est fort probable que l'on ne reparle pas sérieusement de son adhésion avant un moment, il est aussi possible que l'on ait ici perdu l'obligation d'un référendum français en cas de toute nouvelle intégration, cette obligation ayant été introduite dans notre Constitution dans la seule hypothèse de la ratification du TCE...
Et pourtant. Pourtant je ne comprend pas que l'on puisse fêter ce non. Que fête-t-on au juste ? Le statu quo ? "Ouais, allez on va fêter le statisme ! ". Que fête-t-on ? la victoire de la gauche ? celle qui a certainement perdu plus qu'elle n'aurait jamais pu espérer dans l'hypothèse d'un tel traité ? celle qui va encore pouvoir en imposer d'autres ( je m'attend au pire ) au gouvernement sous prétexte que "la rue a parlé" ? Que fête-t-on ? Le retour de la légitimité du FN ? Alors que beaucoup ont dit non hier pour plus d'Europe ( les fédéralistes ) ou pour une autre Europe ( plus libérale, ou plus sociale ), et non pour une non-Europe ?
En réalité, personne n'a rien gagné dans cette histoire. Je ne dis pas qu'on aurait gagné quoi que ce soit avec un triomphe du oui, je ne lis pas dans l'avenir hypothétique. Mais nous aurions, au moins, avancé. Mon non aurait exprimé une volonté de moins de contraintes au libéralisme. Il aurait exprimé une volonté d'Europe fédérale, en rejetant une simili-constitution bancale. Mon oui croyait en un premier pas vers ces deux directions.
Le réveil doit être amer pour tout le monde ce matin. Passé une semaine ( au maximum ) , tout le monde aura déjà oublié ce que la presse appelle ce matin "un moment historique".
Oui, me direz-vous, le gouvernement dégage pour cause de "nouvelle impulsion". Chirac nous rejoue le "je vous ai entendus" : et je ne crois pas du tout à des réformes de fond d'ici 2007.
Quand à un non qui aurait signifié l'hermétisme de la population à la propagande d'Etat, j'aimerai y croire... mais non. Dire le contraire de son interlocuteur de façon systématique, par esprit de contestation, n'a jamais été une preuve de réflexion personnelle. Au plus, ce pourrait être un "je vous emmerde je fais ce que je veux" adolescent ; au moins, ce serait un perméabilisme aux autres propagandes ( FN, LCR, fabisusiens ) jouant au moins autant sur l'image et la phrase choc que l'UMP ouiiste.
Le non d'hier, pour résumer, est à mon sens paradoxal.
D'une part, c'est le triomphe de l'immobilisme ( de l'Europe ).
De l'autre, c'est la victoire de la volonté de changement ( de la France ).
Un goût amer : c'est juste mon avis...
PS : qu'est-ce qu'on va passe pour des cons au niveau international ....