Voyeurisme

Publié le par Alliolie

Je ne pouvais m'empêcher d'apporter ma modeste contribution à la seule, la grande affaire du moment, affaire dite des bébés congelés, ou comment une mère de deux enfants d'une dizaine d'années aurait dissimulé une nouvelle grossesse à son mari puis surgelé les nouveaux-nés dans le congélateur familial. Jusqu'au jour où le mari en question dut sortir les Findus...

Comme chez Ardisson, "tout le monde en parle". La preuve, moi aussi. Ce qui précisément me gène, concernant un tabou ; en effet, cet acte, cet infanticide  (qui semble avoir été commis au regard des dernières analyses génétiques comparatives) devrait être un tabou. Et la dérive médiatique ménerait, à force de tentatives d'explication du geste...  à une justification de ce geste.

Certains ont avancé l'hypothèse d'un déni de grossesse, déni tel qu'il se serait prolongé après l'accouchement, la mère niant alors les petits corps dans leur existence même. D'autres, à l'inverse, ont avancé la thèse d'une grossesse si merveilleusement satisfaisante pour la mère qu'elle n'aurait pas voulu qu'elle cesse, et que ces petits corps ne constitueraient aux yeux de la génitrice qu'un résidu de grossesse dont elle voulait conserver un souvenir, sous le coude, au frigo donc...

Tout cela est bien joli. Mais s'agit-il d'un débat de société, je me le demande. Oui, c'est inommable, inimaginable, tout le monde s'accorde à le penser. Et après?

D'une part, quelle réponse sociale, juridique, apporter à cette maman aux troubles psychiques avérés ? Comment réprimer le pire ?

D'autre part, quelle leçon tirer d'une éventuelle condamnation : "nous rappelons à la société qu'il ne faut pas tuer ses enfants nouveaux-nés" ???!!! Contrairement aux problèmes soulevés, par exemple, par l'euthanasie ou l'avortement, que conclure de nos discussions en la matière ?

Puisque si "tout le monde en parle", la naiveté tenderait à penser qu'il s'agit d'un souci de comprendre - l'incompréhensible. Ou, d'un autre point de vue, d'un désir de justice voire de vengeance à l'égard de celle qui a osé transgressé l'un des pires tabous, en s'étant approprié le pouvoir de donner la vie et de la reprendre sans avoir à en rendre compte.

Ce qui me dérange, bien plus, est que nos bavardages et débats tournent principalement autour de l'horreur de l'histoire, sans ouverture sur l'apport de l'histoire, puisque apport (intellectuel, moral...) il n'y a pas. Ce ne sont que curiosité morbide et voyeurisme... que tous, sauf ce mari surpris par le contenu de son congélateur et les premiers enfants du couple, auront bientôt oublié à la faveur d'un conflit sanglant du tiers-monde, d'un CPE, de tours américaines qui s'effondrent.

Comme si le principal était de se convaincre qu'il y a pire situation que la nôtre.

 

Publié dans De nos jours

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alix 22/10/2006 14:24

non justement, je ne me jette pas d'un pont parce qu'il y a mieu ailleur!on serait décu si on apprenait qu'on avait attein la perfection, que l'on ne peut pas faire mieu!
Je pense juste que dans les moments où on a envie d'abandonner, ça remonte le moral de se dire que ceux qui ont vécu pire sen sortent ... donc qu'on en est capable nous aussi!
mais quoi qu'il arrive me jeter d'un pont ça me branche pas trop! mdr

anne simon 20/10/2006 14:31

dans un autre genre plus trash,moi je mettrais bien la moitié de la planéte dans un congélateur,hihihi

maman 19/10/2006 22:42

Réponse à Alix,si tu permets ma puce..
Donc tu ne peux vivre bien et ne pas te jeter d'un pont grace au fait qu'il y ait pire ailleurs??
en aspirant à fuir le pire pour "survivre",tu vires ds trop de noirceur..les épreuves que l'on subit on peut les dépasser en intégrant le fait que si on les as,c'est qu'on peut les supporter...As-tu oublié Pierre si vite? Un autre que lui ne serait plus là, il a survécu parceque c'était Pierre!
Poussons le bouchon des comparatifs à l'excès:vas-tu te jeter d'un pont parcequ'il y a mieux ailleurs?

alix 19/10/2006 17:23

encore heureux que tu puisses te dire: on va s'en sortir parce qu'il y a pire ailleur! Parce que sinon on aurait plus qu'à se jeter du haut d'un pont!